Raijin (雷神, rai le tonnerre, jin le dieu) est la divinité de la foudre dans le shintoïsme. Il ressemble à un Oni, peau colorée, crocs, griffes, expression féroce, mais il ne faut pas les confondre : l'Oni est un yokai, une créature qu'on craint, tandis que Raijin est un kami, une divinité qu'on vénère dans les sanctuaires. Et son allure de démon n'est pas un hasard : elle raconte sa naissance.

Comment un cadavre engendre un dieu
L'histoire vient du Kojiki (712), le texte fondateur de la mythologie japonaise. Izanagi et Izanami forment le couple créateur du Japon. Izanami meurt en donnant naissance au dieu du feu, et Izanagi, fou de douleur, descend dans le Yomi, le monde des morts, pour la ramener. Quand il allume enfin une torche pour la voir, il découvre son corps en décomposition. De ce cadavre naissent huit divinités du tonnerre (Yakusa no Ikazuchi no Kami), dont Raijin est le plus puissant. C'est pour cela qu'il a l'allure d'un démon : il n'est pas né de la lumière mais de la mort et de la frontière entre les deux mondes. Son tonnerre est le cri de cette naissance.
Les tambours et le vol de nombrils
L'attribut le plus reconnaissable de Raijin est le cercle de tambours taiko qui flotte autour de lui, reliés par une corde : il les frappe pour produire le tonnerre, chaque coup de baguette étant un roulement. Vient ensuite l'histoire des nombrils. Au Japon, les mères disent encore aux enfants de couvrir leur ventre pendant l'orage, sinon Raijin viendra leur voler le nombril. L'origine est sans doute pratique, les orages s'accompagnant d'un coup de froid contre lequel il vaut mieux protéger son ventre, mais le dicton est devenu folklore.
On lui prête souvent trois doigts par main, lus comme les trois temps, passé, présent et futur, tandis que son frère Fujin en a quatre pour les quatre directions. C'est une lecture symbolique populaire plus qu'un dogme, mais elle dit bien leur complémentarité : Raijin maîtrise le temps, Fujin l'espace.
Raijin et Fujin : un duo
Les deux sont inséparables dans l'art comme dans les temples. Le tonnerre sans le vent est un bruit dans le vide, le vent sans le tonnerre un souffle sans force : ensemble, ils forment la tempête complète, le rouge de Raijin contre le vert de Fujin. On les retrouve en statues au Sanjūsangen-dō de Kyoto (œuvres de l'époque de Kamakura qui ont fixé leur image pour des siècles), de part et d'autre de la porte Kaminarimon du Sensō-ji à Tokyo, et sur le paravent Fūjin Raijin-zu de Tawaraya Sōtatsu (vers 1600), trésor national. C'est aussi à eux qu'on attribue les kamikaze, les « vents divins », ces typhons qui ont réellement détruit les flottes d'invasion mongoles en 1274 et 1281.
Quand l’Oni passe en volume
Sur une page, l’Oni reste une figure. En masque, il devient une face : cornes, mâchoire, dents, vernis et ombres. Si c’est cette présence que tu cherches, regarde les masques Oni Dai Yokai.
Questions fréquentes
Raijin est-il un Oni ou un kami ?
Un kami. Il ressemble à un Oni (crocs, griffes, peau rouge) mais c'est une divinité shinto vénérée dans les sanctuaires. On prie Raijin pour la protection ; on craint les Oni.
Pourquoi Raijin n'a-t-il que trois doigts ?
Selon une lecture symbolique répandue, chaque doigt représente une dimension du temps : passé, présent, futur. Son frère Fujin en a quatre, pour les quatre directions. Ensemble, le temps et l'espace.
Pourquoi Raijin vole-t-il les nombrils ?
C'est un dicton populaire japonais. L'explication pratique : les orages amènent un coup de froid, et couvrir son ventre protège l'estomac. Le mythe a transformé ce conseil parental en folklore.
Quel lien entre Raijin et le kamikaze ?
Les kamikaze (« vents divins ») sont les typhons qui ont détruit la flotte mongole en 1274 et 1281. Les Japonais y ont vu l'intervention de Raijin et Fujin. Le terme a ensuite été réutilisé pendant la Seconde Guerre mondiale.