Dogū : Les Gardiens d'Argile du Japon Antique et leurs Mystères
- DAI YOKAI
- il y a 5 jours
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Bien avant les Samouraïs, avant même l'arrivée du Bouddhisme ou l'écriture des premiers kanjis, le Japon était peuplé par la civilisation Jōmon. C'est dans cette aube de l'histoire, il y a plus de 10 000 ans, que sont nés les objets les plus énigmatiques de l'archipel : les Dogū.
Ces figurines en terre cuite, aux yeux globuleux et aux corps étranges, fascinent les archéologues et nourrissent les théories les plus folles (y compris celles des anciens astronautes). Mais pour l'amateur de folklore japonais, les Dogū sont bien plus que cela : ils sont la première manifestation physique des esprits au Japon.

Des êtres venus d'un autre monde ?
Quand on regarde le célèbre Shakoki-dogū (le type le plus connu, avec ses énormes yeux), il est difficile de ne pas penser à une combinaison spatiale ou à des lunettes de protection.
C'est cette apparence qui a inspiré d'innombrables œuvres de pop culture (comme le Pokémon Balbuto ou les créatures de Princesse Mononoké). Les fans de Pokémon reconnaîtront immédiatement Balbuto (Baltoy), qui est la copie conforme du célèbre Dogū à lunettes (Shakoki-dogū).

Pourtant, la réalité historique est plus terre-à-terre, mais tout aussi spirituelle. Le terme Shakoki fait référence aux lunettes de neige utilisées par les peuples Inuit, suggérant que ces figurines représentaient des entités capables de voir au-delà du visible, ou simplement protégées contre les éléments.
Une fonction rituelle et médicale
Contrairement aux figurines décoratives modernes, les Dogū n'étaient pas faits pour être posés sur une étagère. La plupart ont été retrouvés brisés volontairement.
Pourquoi détruire une œuvre d'art si complexe ? La théorie dominante touche à la "magie sympathique" :
Le transfert de douleur : Le Dogū servait d'effigie médicale. Si une personne avait mal à la jambe, on brisait la jambe du Dogū pour transférer le mal dans l'argile et guérir le patient.
La fertilité et la renaissance : La majorité des Dogū représentent des formes féminines, avec des hanches larges. Ils étaient probablement liés à des prières pour la fertilité, des accouchements sans danger, ou pour demander à la Terre-Mère l'abondance des récoltes.
L'ancêtre de l'objet habité (Tsukumogami)
Pour nous, chez Dai Yokai, le Dogū est fascinant car il est l'ancêtre spirituel du masque et de l'objet de pouvoir.
Il marque le moment où les Japonais ont commencé à croire qu'un objet fabriqué par la main de l'homme pouvait contenir une âme ou un pouvoir spirituel. Cette croyance, l'animisme, est le fil rouge qui relie les Dogū de la préhistoire aux Yōkai du folklore médiéval et aux masques que nous sculptons aujourd'hui.
Le Dogū est la preuve que depuis la nuit des temps, l'artisanat japonais cherche à rendre visible l'invisible.
Où voir des Dogū aujourd'hui ?
Si vous voyagez au Japon, le Musée National de Tokyo possède des pièces classées Trésor National. Mais leur influence est partout. Ils nous rappellent que le Japon a toujours été une terre de mystères, où la frontière entre le monde humain et le monde des esprits est tenue par un fil... ou par un peu d'argile.



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