Setsubun : quand le Japon chasse ses démons à coups de soja grillé
- DAI YOKAI
- 4 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Par Jérémy, créateur @dai.yokai Publié : mai 2026 · Mis à jour : mai 2026

Le 3 février au Japon, un père de famille enfile un masque Oni, se fait bombarder de haricots de soja par ses propres enfants, et tout le monde trouve ça normal. Bienvenue à Setsubun (節分), la fête qui transforme les salons japonais en champ de bataille contre les démons.
Je fabrique des masques Oni toute l'année dans mon atelier en Bretagne. Setsubun, c'est le jour où les créations prennent vie pour de vrai..
Mais derrière cette scène de comédie familiale, Setsubun cache un rituel d'exorcisme millénaire. Un vrai.
Le mot : une histoire de calendrier
Setsubun signifie « séparation des saisons » (setsu = saison, bun = division). À l'origine, il y en avait quatre par an, un à chaque changement de saison. Mais dans l'ancien calendrier lunaire, le début du printemps (risshun) marquait le Nouvel An. C'était LE passage qui comptait.
Avec le temps, le mot « setsubun » a fini par désigner uniquement la veille du printemps, le 3 ou 4 février. C'est un réveillon, en fait. On fait le ménage spirituel, on vire les mauvais esprits de l'année passée, et on repart à zéro.
D'où ça vient ?
Le rituel a été importé de Chine à l'époque Nara (VIIIe siècle). Il s'appelait tsuina (追儺), « la Grande Exorcisme ». À la cour impériale, un chaman aux yeux peints en or menait une procession avec arc et flèches de roseau pour chasser les démons invisibles.
La version aristocratique s'est démocratisée au fil des siècles. Les paysans n'avaient ni arc ni chaman. Ils avaient du soja. Et ça marchait bien.
Mamemaki : pourquoi des haricots de soja ?
Le cœur de Setsubun, c'est le mamemaki (豆撒き), le lancer de haricots. On utilise des haricots de soja grillés, appelés fuku-mame (haricots du bonheur).
Le soja, c'est la graine la plus résistante du potager, bourrée d'énergie vitale. Mais la vraie raison est linguistique. En japonais, mame (豆) signifie haricot. Mais ma (魔) signifie démon, et me (滅) signifie détruire. Donc ma-me (魔滅) se lit « détruire le démon ». Ce n'est pas un hasard, c'est du kotodama, la magie du son.
Un détail important : les haricots doivent être grillés. Si vous jetez des haricots crus et qu'ils germent dans le jardin, la superstition dit que le malheur prendra racine chez vous.
« Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! »
La formule à crier en lançant : « Les démons dehors ! Le bonheur dedans ! »
On lance les haricots depuis l'intérieur de la maison vers la porte ou les fenêtres pour virer les Oni. Ensuite on claque la porte vite fait pour ne pas les laisser revenir. Puis on jette des haricots à l'intérieur pour inviter le bonheur (fuku).
Après la bataille, chaque membre de la famille mange le nombre de haricots correspondant à son âge. 30 ans, 30 haricots. Dans certaines régions, on en prend un de plus pour garantir la santé de l'année à venir.
Le masque Oni : pourquoi il est au centre du rituel
Sans antagoniste, pas de rituel. Dans les familles, c'est généralement le père (ou le grand frère) qui enfile le masque Oni et joue le démon qui envahit la maison.
Les enfants le bombardent pour le faire fuir. C'est cathartique : pour une fois, ils ont le droit d'« attaquer » l'autorité paternelle, qui incarne symboliquement tout ce qui fait peur (maladie, malheur, mauvaises notes, enfin surtout maladie). Quand le père enlève le masque et s'enfuit, la maison est purifiée.
Le choix de la couleur du masque n'est pas neutre. L'Oni Rouge incarne le désir et l'avidité, c'est le plus courant pour Setsubun. L'Oni Bleu représente la colère. L'Oni Noir, le doute et l'ignorance. Chaque couleur correspond à un « poison » bouddhiste à exorciser.
Ehomaki et sardine : les autres rituels
Mamemaki est le plus connu, mais Setsubun a d'autres traditions. L'ehomaki est un gros maki non coupé (couper = couper la chance) qu'on mange en silence, les yeux fermés, tourné vers la direction favorable de l'année. 7 ingrédients pour les 7 Divinités du Bonheur. C'est assez comique vu la taille du truc.
Et puis il y a le hiiragi iwashi : une tête de sardine grillée embrochée sur une branche de houx, accrochée à la porte d'entrée. Les Oni détestent les piquants (le houx leur crève les yeux) et les mauvaises odeurs (la sardine). C'est radical, et ça éloigne aussi les voisins.
L'exception Watanabe
Si vous vous appelez Watanabe, pas besoin de tout ça. La légende raconte que le héros Watanabe no Tsuna a coupé le bras du démon Ibaraki-Doji au pont Modoribashi (on en reparle dans l'article sur Shuten Doji). Depuis, les Oni sont terrifiés par ce nom de famille.
Le masque fait la différence
Un masque en carton à 1€ au konbini, ça casse la magie en 30 secondes. L'élastique pète, le gamin n'y croit plus. Mes masques Dai Yokai sont en PETG, avec des textures, des cornes solides et une peinture qui encaisse les impacts de haricots sans s'écailler. Après Setsubun, le masque passe du visage au mur. Il devient un onigawara moderne, un gardien qui protège la maison toute l'année.
FAQ
Peut-on utiliser des cacahuètes au lieu du soja ?
Oui. Dans le nord du Japon (Hokkaido, Tohoku), on lance des cacahuètes avec leur coque. Plus facile à retrouver dans la neige, plus hygiénique à manger après.
Setsubun est un jour férié ?
Non. Les gens travaillent et vont à l'école normalement. Les rituels se font le soir en rentrant.
Pourquoi le maki ehomaki ne doit pas être coupé ?
Il symbolise les liens (en-musubi). Couper le rouleau reviendrait à « couper la chance ». Il faut le manger entier, en le mordant à pleines dents.
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