Un tiers de tous les sanctuaires shintō du Japon lui sont dédiés. Inari Ōkami (稲荷大神) est le kami du riz, du commerce et de la prospérité, et ses torii rouges au Fushimi de Kyoto forment l'image la plus reconnaissable du pays. Mais une confusion tenace persiste, même au Japon : le renard, le Kitsune, n'est pas Inari. Voici qui est vraiment ce kami, pourquoi le renard, et comment se repérer dans tout ça.

Qui est Inari ?
Inari (稲荷) signifie littéralement « celui qui porte le riz », et son titre complet, Inari Ōkami, « le grand dieu Inari ». On le connaît aussi comme Ta-no-Kami, le dieu des rizières. Mais réduire Inari au riz serait passer à côté de l'essentiel : au fil des siècles, son domaine s'est élargi au commerce, à l'industrie, à la fertilité et à la réussite. Aujourd'hui, des dirigeants d'entreprise prient à un sanctuaire Inari avant un lancement, les étudiants avant un examen, les couples avant un mariage. C'est le kami à tout faire de la vie quotidienne japonaise.
Homme, femme, ou les deux ?
C'est la particularité la plus déroutante d'Inari pour un esprit occidental : selon les époques et les sanctuaires, le kami apparaît sous trois formes. Une forme masculine, un vieillard barbu portant un sac de riz. Une forme féminine, la Dakiniten bouddhiste chevauchant un renard blanc. Et une forme collective : au Fushimi Inari-taisha, Inari n'est pas un seul kami mais un groupe de cinq, les Inari Sanza (稲荷三座), qui incluent Ukanomitama. Cette fluidité n'est pas une incohérence, c'est la nature même d'Inari : une force qui s'adapte à celui qui prie. Le commerçant y voit un dieu de la richesse, le paysan un dieu du riz, le parent un protecteur.
Le Kitsune n'est pas Inari
C'est l'erreur la plus courante du folklore. Le Kitsune (renard) est le messager d'Inari, pas Inari lui-même. Le terme technique est kenzoku (眷属), serviteur spirituel : le renard transmet les prières des humains au kami, il ne les exauce pas. La confusion vient des statues de renards qui gardent l'entrée de chaque sanctuaire Inari. On voit le renard, on pense que c'est le dieu, mais c'est confondre le facteur avec l'expéditeur. Les renards d'Inari sont toujours blancs (byakko, 白狐), portent souvent un foulard rouge et tiennent dans la gueule l'un de ces objets :
- Une clé de grenier (kagi) : l'accès aux réserves de riz et à la richesse. - Une boule de joyau (tama, 玉) : l'esprit d'Inari, le pouvoir surnaturel. - Un rouleau de sūtra : la sagesse, la connaissance sacrée. - Une gerbe de riz : la fertilité et l'abondance.
L'objet dans la gueule du renard indique quel aspect d'Inari le sanctuaire vénère principalement.
Pourquoi le renard ?
L'association n'est pas mystique à l'origine, elle est pratique. Les anciens Japonais ont observé que les renards descendaient des montagnes au printemps, à la saison de la plantation du riz, et y remontaient en automne après la récolte. Surtout, le renard chasse les rongeurs qui dévorent les grains stockés : il était le gardien invisible du riz. En 711, le premier sanctuaire Inari est érigé sur le mont Inari à Kyoto, et le renard devient officiellement le messager du kami. L'observation paysanne est devenue religion.
30 000 sanctuaires et 10 000 torii
Le réseau Inari est le plus dense du pays. Le plus connu, le Fushimi Inari-taisha à Kyoto (fondé en 711), aligne plus de 10 000 torii rouges sur quatre kilomètres le long du mont Inari, chacun donné par un particulier ou une entreprise en remerciement, avec le nom du donateur et la date. Le vermillon (shu) n'est pas décoratif : il symbolise la vitalité et la protection contre le mal, la même logique que les masques Oni et Hannya rouges. Le rouge, au Japon, repousse autant qu'il attire.
Zenkō et Nogitsune : le double statut du renard
Le renard est un yokai à double statut selon qu'il sert ou non Inari. Quand il sert le kami, c'est un Zenkō (善狐), un « bon renard » céleste et blanc. Quand il agit seul et joue des tours, c'est un Nogitsune (野狐), un « renard sauvage ». Même créature, deux comportements selon qu'elle est dans ou hors de la chaîne divine. Cette chaîne, justement, remonte plus haut : Amaterasu introduit le riz, Inari le protège, le Kitsune transmet. Pour la vue d'ensemble, voir le guide des kami.
Questions fréquentes
Le Kitsune est-il Inari ?
Non. Le Kitsune est le messager (kenzoku) d'Inari, pas le kami lui-même. La confusion vient des statues de renards qui gardent l'entrée des sanctuaires Inari. C'est comme confondre le facteur avec l'expéditeur.
Inari est-il un homme ou une femme ?
Les deux, et ni l'un ni l'autre. Selon les sanctuaires et les époques, Inari apparaît sous forme masculine (vieillard barbu), féminine (Dakiniten sur un renard blanc) ou comme un collectif de cinq kami. C'est une force qui s'adapte au prieur.
Pourquoi les torii d'Inari sont-ils rouges ?
Le vermillon (shu) symbolise la vitalité, la protection contre le mal et le pouvoir sacré. Les torii du Fushimi Inari-taisha sont offerts par des particuliers et des entreprises en remerciement au kami, et chaque portail porte le nom du donateur.
Combien de sanctuaires Inari y a-t-il au Japon ?
Plus de 30 000, soit environ un tiers de tous les sanctuaires shintō du pays. Le plus célèbre est le Fushimi Inari-taisha à Kyoto, fondé en 711, avec ses 10 000 torii rouges.