Watanabe no Tsuna (953-1025) est un guerrier de l'époque Heian, célèbre pour avoir tranché le bras d'un oni à la porte Rashomon de Kyoto. C'est l'un des grands chasseurs de démons du folklore japonais, et son histoire éclaire le masque Oni sous un autre angle : non plus le monstre seul, mais la figure qui prend tout son sens face à celui qui l'affronte. La même scène vue du côté du démon est racontée dans l'article sur Ibaraki-doji.

Kyoto la nuit, à l'époque Heian
À l'époque Heian, Kyoto, alors Heian-kyō, est la capitale de la paix, mais cette paix n'est qu'une façade. On croyait fermement que dès le coucher du soleil, la ville appartenait aux esprits, à l'heure de la « parade nocturne des cent démons ». Les ponts, les carrefours et les vieilles portes étaient des zones de passage où l'on risquait d'être enlevé par un oni. C'est dans ce climat que le clan Minamoto s'impose comme la force capable de protéger l'empereur, des rebelles humains comme des menaces surnaturelles. Son chef, Minamoto no Raikō, est entouré de quatre lieutenants d'élite, les Shitennō, parmi lesquels Watanabe no Tsuna, le spécialiste du sabre, connu pour son sang-froid absolu.
La porte Rashomon
L'acte fondateur du mythe commence par un pari d'ivrognes. Un soir de tempête, Raikō et ses lieutenants évoquent les rumeurs autour de la porte Rashomon, l'immense porte sud de Kyoto tombée en ruine, où un démon dévorerait les voyageurs. Tsuna, sans un mot, enfile son armure et part y planter une amulette pour prouver son passage. Sur place, alors qu'il fixe l'amulette, une main griffue gigantesque descend et l'agrippe par le casque pour le soulever. Là où la plupart se figeraient, Tsuna dégaine son sabre et frappe à l'instinct, vers le haut.
La lame rencontre la chair, un hurlement déchire le tonnerre, et le démon s'enfuit en laissant derrière lui son bras tranché net. C'était Ibaraki-doji, le lieutenant du roi des oni Shuten-doji. Tsuna ramasse le bras, l'enferme dans un coffre et rentre.
Du sabre Higekiri au sabre Onikiri
Dans le folklore japonais, le sabre est un personnage à part entière. Celui de Tsuna s'appelait d'abord Higekiri, « la coupeuse de barbe », parce qu'un essai sur un condamné avait tranché d'un coup le cou et la barbe. Après l'exploit de Rashomon, il fut renommé Onikiri, « le tueur d'oni ». Ce changement de nom transforme l'objet : ce n'est plus seulement une arme contre les hommes, mais une lame capable de blesser le surnaturel. Un sabre identifié à cette histoire est aujourd'hui conservé et vénéré au sanctuaire Kitano Tenmangu de Kyoto.
Le retour du démon par la ruse
Posséder un bras de démon n'est pas sans risque. Prévenu par un devin (souvent identifié à Abe no Seimei) qu'Ibaraki reviendrait, Tsuna s'enferme sept jours sans laisser entrer personne. Le septième soir, sa vieille tante (ou nourrice) frappe à la porte. Il refuse d'abord, puis cède par piété filiale, cette vertu suprême. La vieille femme demande à voir le fameux bras ; à peine le coffre ouvert, son visage se déforme, elle reprend la forme d'Ibaraki-doji, saisit le membre et s'envole par le toit. La leçon est claire : les oni exploitent les faiblesses émotionnelles, pas seulement physiques.
Le « privilège Watanabe »
Cette légende a laissé une trace très concrète. Lors de Setsubun, le 3 février, les Japonais jettent des haricots pour chasser les démons. Mais les familles portant le nom Watanabe en sont traditionnellement dispensées : selon la croyance, les oni gardent une peur héréditaire de ce nom depuis Watanabe no Tsuna, et fuient à la seule vue d'un écriteau « Watanabe ». Le nom fait office d'amulette. C'est l'un des détails les plus savoureux de la culture populaire japonaise.
Quand l’Oni passe en volume
Sur une page, l’Oni reste une figure. En masque, il devient une face : cornes, mâchoire, dents, vernis et ombres. Si c’est cette présence que tu cherches, regarde les masques Oni Dai Yokai.
Questions fréquentes
Watanabe no Tsuna a-t-il vraiment existé ?
Oui. C'était un personnage historique réel (953-1025), samouraï de la province de Musashi et ancêtre du clan Watanabe. La partie avec les démons et le bras coupé relève du folklore (setsuwa), mais l'homme et son sabre étaient bien réels.
Comment Watanabe no Tsuna a-t-il vaincu le démon ?
À la porte Rashomon, saisi par-derrière par une main griffue, il a dégainé et frappé à l'instinct vers le haut, tranchant le bras du démon. Il s'agissait d'Ibaraki-doji, le lieutenant de Shuten-doji.
Pourquoi le sabre s'appelle-t-il Onikiri ?
Il s'appelait d'abord Higekiri, « la coupeuse de barbe ». Après que Tsuna eut tranché le bras du démon à Rashomon, il fut renommé Onikiri, « le tueur d'oni », devenant une lame chargée d'un pouvoir contre le surnaturel.
Pourquoi les Watanabe ne jettent-ils pas de haricots à Setsubun ?
Selon une croyance populaire, les oni craignent héréditairement le nom Watanabe depuis l'exploit de Tsuna. Les familles Watanabe n'ont donc pas besoin de chasser les démons : leur nom suffirait à les faire fuir.