Gozu (牛頭, « tête de bœuf ») et Mezu (馬頭, « tête de cheval ») sont des gardiens des enfers dans l’imaginaire bouddhique japonais. Leur corps est humain ou démoniaque, mais leur tête animale permet de les identifier. Ils apparaissent parmi les gokusotsu (獄卒), les geôliers qui surveillent et tourmentent les êtres tombés au Jigoku. Leur lien avec Enma est fréquent, mais leurs armes, leurs couleurs et leurs fonctions individuelles ne suivent pas une règle unique.
À retenir
- Gozu signifie « tête de bœuf » et Mezu « tête de cheval ».
- Ce sont d’abord des gardiens ou geôliers du Jigoku, pas des divinités protectrices.
- Le Ōjōyōshū de Genshin atteste leurs noms au Japon dès 984-985.
- Ils peuvent être reliés à la cour d’Enma, sans constituer partout un duo aux tâches fixes.
- Gozu ne doit pas être confondu avec Gozu Tennō, ni Mezu avec Batō Kannon.

Qui sont Gozu et Mezu ?
Leurs noms décrivent directement leur apparence. Gozu porte une tête de bovin, tandis que Mezu porte une tête de cheval. Les deux figures sont souvent représentées avec un corps humanoïde puissant, des vêtements de gardien et une arme ou un bâton. L’encyclopédie de la Jōdo-shū les définit comme des geôliers infernaux à tête animale, autrement dit des gokusotsu ou des Oni du Jigoku.
Cette description est plus solide que l’étiquette générale de « yōkai ». Un yōkai peut hanter une route, une maison ou une montagne. Gozu et Mezu ont un contexte plus précis : les enfers, le jugement posthume et les conséquences du karma. Ils peuvent être qualifiés d’Oni dans certaines sources japonaises, mais ils ne sont pas simplement deux monstres errants. Pour replacer ces catégories, consulte aussi notre guide sur les yōkai et les créatures du folklore japonais.
Que signifient leurs noms japonais ?
| Nom | Écriture | Sens littéral | Identification fiable |
|---|---|---|---|
| Gozu | 牛頭 | Tête de bœuf | Gardien infernal à tête bovine |
| Mezu | 馬頭 | Tête de cheval | Gardien infernal à tête chevaline |
| Gozu Mezu | 牛頭馬頭 | Tête de bœuf et tête de cheval | Expression collective pour ces gardiens |
| Gokusotsu | 獄卒 | Geôlier de prison | Terme générique pour les gardiens des enfers |
Le dictionnaire japonais Kotobank rapproche aussi ces noms de termes sanskrits désignant une tête de bovin et une tête de cheval. Ce vocabulaire rappelle que les figures ont circulé avec les traditions bouddhiques. En Chine, des personnages comparables sont connus sous les noms de Niútóu et Mǎmiàn, « Tête de bœuf » et « Visage de cheval ». La version japonaise ne résulte toutefois pas d’un simple copier-coller : les récits, les sermons et les images ont évolué au contact de croyances locales.
Quelle est leur première mention au Japon ?
La plus ancienne attestation japonaise donnée par les dictionnaires se trouve dans le Ōjōyōshū (往生要集), rédigé par le moine Genshin en 984-985. Ce traité décrit les souffrances des enfers et les oppose à l’espoir d’une renaissance dans la Terre pure. Son influence a été importante sur la prédication, la littérature et la peinture religieuse médiévale.
Dans le passage consacré à l’enfer de l’Écrasement, Gozu, Mezu et d’autres geôliers armés poursuivent les pécheurs entre des montagnes de fer. L’image est précise, mais elle ne répartit pas les tâches en une fiche de personnage. Elle ne dit pas que Gozu serait toujours chargé de frapper pendant que Mezu poursuivrait les fuyards. Une étude publiée dans le Japanese Journal of Religious Studies montre d’ailleurs que les peintures des enfers ne font pas toutes apparaître les mêmes gardiens.
Quel est leur rôle dans le Jigoku ?
Le Jigoku (地獄) est le domaine infernal de la cosmologie bouddhique. Il ne correspond pas exactement à l’enfer éternel du christianisme. D’après la présentation des six voies par le Musée national de Tokyo, les êtres renaissent selon leur karma dans le monde des dieux, des humains, des guerriers asura, des animaux, des esprits affamés ou des enfers. Même une existence infernale s’inscrit donc dans le cycle des renaissances.
Dans cet univers, les gokusotsu rendent visibles les conséquences des actes. Ils gardent les lieux de supplice, poussent les êtres vers leur châtiment et peuvent tenir des bâtons, des masses ou d’autres instruments. Gozu et Mezu sont parmi les plus reconnaissables grâce à leur tête animale. Selon l’œuvre, ils apparaissent comme un duo, comme deux types de geôliers ou au milieu d’une troupe plus nombreuse.
Il faut donc éviter les détails trop précis qui ne reposent sur aucune tradition stable. Aucun texte de référence n’impose à Gozu une force illimitée, à Mezu une vision panoramique ou à chacun une couleur officielle. De même, les supplices ne sont pas répartis entre eux selon une administration universelle.
| Affirmation courante | Ce que les sources permettent de dire |
|---|---|
| Gozu utilise toujours une massue | Les armes varient selon les textes et les images. |
| Mezu traque toujours les âmes en fuite | Les geôliers peuvent garder, poursuivre ou punir, sans rôle individuel fixe. |
| Ils sont exactement deux individus | Ils peuvent former un duo ou désigner des types de gardiens. |
| Ils règnent sur les enfers | Ils y servent comme geôliers. Ils ne sont pas les juges suprêmes. |
| Leurs couleurs indiquent leurs pouvoirs | La couleur dépend principalement du choix de l’artiste. |
Quel est leur lien avec Enma ?
Enma (閻魔) est la forme japonaise du juge des morts issu de Yama en Inde et de Yanluo en Chine. Dans les images populaires, Gozu et Mezu sont souvent placés dans un monde infernal gouverné par Enma. Il est donc raisonnable de les présenter comme des gardiens de sa cour, à condition de ne pas en faire partout ses deux assistants personnels.
Le Musée national de Kyoto explique que les idées bouddhiques du jugement et de la renaissance se sont mêlées en Chine à un système de dix rois, avant de se diffuser au Japon. Enma y occupe une place centrale, entouré de fonctionnaires qui lisent les décisions ou tiennent les registres. Les geôliers appartiennent à cette imagerie judiciaire, mais toutes les œuvres n’emploient pas le même personnel ni la même hiérarchie.
Comment les reconnaître dans l’art japonais ?
La tête animale est le critère le plus sûr. Gozu présente des cornes, un mufle et des oreilles bovines. Mezu possède un museau allongé et des oreilles de cheval. Leur corps peut être musclé, vêtu d’une armure, d’un pagne ou d’une tenue de fonctionnaire. Ils peuvent brandir un bâton, une lance ou un outil de supplice, sans que cet accessoire suffise à définir leur identité.
Les rouleaux peints des enfers et les mandalas montrent souvent des gardiens aux formes très diverses. Ces images ne cherchent pas à établir un bestiaire cohérent au sens moderne. Elles enseignent les effets du karma, suscitent la crainte et rendent une doctrine abstraite immédiatement visible. L’horreur du visage animal tient autant à la scène et à sa fonction morale qu’à l’anatomie du personnage.
Gozu et Mezu sont-ils des yōkai, des Oni ou des dieux ?
La réponse dépend du niveau de précision recherché. Dans une encyclopédie moderne des créatures japonaises, ils peuvent être rangés parmi les yōkai. Dans les sources religieuses, « gardiens infernaux », gokusotsu ou Oni du Jigoku sont des termes plus justes. Ils ne sont pas des kami auxquels on adresse normalement un culte pour obtenir la chance.
Le terme rasetsu, traduction japonaise de rakshasa, apparaît dans certains contextes bouddhiques pour des démons, mais il ne faut pas conclure que Gozu et Mezu sont toujours et techniquement deux Rasetsu. Les catégories surnaturelles se recouvrent sans former une taxonomie unique. Notre article sur les kami et leur différence avec les yōkai détaille cette prudence de vocabulaire.
Les confusions à éviter
| Figure | Contexte | Pourquoi elle est différente |
|---|---|---|
| Gozu et Mezu | Geôliers du Jigoku à tête de bœuf et de cheval | Leur fonction est liée aux enfers bouddhiques. |
| Gozu Tennō | Divinité liée historiquement au culte de Gion et aux épidémies | Le mot Gozu est commun, mais il ne s’agit pas du même personnage. |
| Batō Kannon | Forme à tête de cheval du bodhisattva Kannon | C’est une figure de compassion, pas Mezu le geôlier. |
| Ushi-oni | Ensemble de traditions régionales autour d’un yōkai bovin | Ses récits et son apparence diffèrent de ceux de Gozu. |
| Oni | Catégorie large de créatures puissantes et redoutables | Gozu et Mezu peuvent être décrits comme des Oni, mais leur rôle est plus précis. |
Le musée municipal de Minamisōma distingue explicitement le geôlier Gozu de Gozu Tennō. Une ressemblance de nom ou une tête animale ne suffit donc pas à fusionner deux traditions.
Gozu et Mezu dans la littérature et la culture populaire
Les noms sont devenus une manière immédiatement compréhensible d’évoquer des gardiens infernaux. Kotobank cite leur emploi dans Jigokuhen (Figures infernales) de Ryūnosuke Akutagawa. En revanche, Gozu et Mezu ne jouent pas de rôle dans Le Fil de l’araignée, autre nouvelle célèbre du même auteur. Cette confusion vient probablement du décor infernal commun aux deux textes.
Les jeux, mangas et animations contemporains peuvent leur attribuer des armes, des attaques ou des tempéraments distincts. Ces adaptations maintiennent la silhouette bovine et chevaline, puis inventent ce dont leur récit a besoin. Elles prouvent la force visuelle du duo, pas l’existence d’un canon religieux unique.
Quel rapport avec les masques Oni Dai Yokai ?

Dai Yokai ne propose pas actuellement de masque Gozu ou Mezu. Le rapprochement avec nos masques Oni est visuel et culturel : cornes, crocs et expression de gardien appartiennent à un langage voisin, mais un Oni contemporain ne devient pas pour autant un geôlier bouddhique. Le masque Oni rouge présenté sous cet article est une création décorative fabriquée et peinte à la main en Bretagne. Ce n’est ni un objet rituel, ni une reproduction de Gozu ou Mezu.
Questions fréquentes
Qui sont Gozu et Mezu ?
Gozu et Mezu sont des gardiens des enfers bouddhiques japonais. Gozu a une tête de bœuf et Mezu une tête de cheval. Ils apparaissent parmi les geôliers qui gardent ou punissent les êtres tombés au Jigoku.
Sont-ils des yōkai, des Oni ou des dieux ?
Ils peuvent être classés parmi les yōkai dans un bestiaire moderne, mais les termes gardiens infernaux, gokusotsu ou Oni du Jigoku sont plus précis. Ce ne sont pas deux kami vénérés pour obtenir protection ou chance.
Quel est leur lien avec Enma ?
Ils sont souvent représentés dans le monde infernal gouverné par Enma, le juge des morts. Ils peuvent donc être décrits comme des gardiens de sa cour, sans être partout ses deux assistants personnels.
Gozu et Mezu ont-ils des rôles différents ?
Aucune tradition universelle ne donne à Gozu la force et à Mezu la poursuite, ni une arme ou une couleur fixe. Les textes et les œuvres montrent des fonctions et des attributs variables.
Quelle est leur première mention connue au Japon ?
Les dictionnaires japonais attestent Gozu et Mezu dans le Ōjōyōshū de Genshin, rédigé en 984-985. Ils y apparaissent avec d’autres gardiens des enfers.
Gozu est-il le même personnage que Gozu Tennō ?
Non. Gozu Tennō est une divinité distincte, liée historiquement au culte de Gion et aux maladies épidémiques. Le gardien infernal Gozu partage seulement une partie de son nom.
Mezu est-il une forme de Batō Kannon ?
Non. Batō Kannon est une forme à tête de cheval du bodhisattva Kannon. Mezu est un geôlier des enfers. Leur tête chevaline ne leur donne ni la même identité ni la même fonction.
Sources
- Jōdo-shū, encyclopédie du bouddhisme : Gozu et Mezu
- Kotobank : 牛頭馬頭
- Musée national de Kyoto : Enma et les dix rois
- Musée national de Tokyo : jugement bouddhique et six voies
- Japanese Journal of Religious Studies : imagerie des enfers
- Musée municipal de Minamisōma : Gozu, Mezu et Gozu Tennō