Kuchisake Onna : L'Histoire Terrifiante de la Femme Masquée
- DAI YOKAI
- 3 janv.
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 févr.
Introduction
Japon, printemps 1979. Des milliers d'enfants refusent de rentrer seuls de l'école. La police augmente ses patrouilles dans les préfectures de Fukushima, Kanagawa et Hokkaido. Le 21 juin, une femme de 25 ans est arrêtée à Himeji — elle portait un couteau et un masque chirurgical. La cause de cette psychose collective ? Une seule question, murmurée dans la brume : « 私、きれい ? » — Watashi, kirei ? — « Suis-je belle ? »
Voici l'histoire complète de la Kuchisake-onna (口裂け女), la légende urbaine la plus terrifiante du Japon.
Qui est Kuchisake-onna ? (Définition)
La Kuchisake-onna (口裂け女, littéralement « femme à la bouche fendue ») est un yōkai et onryō (esprit vengeur) du folklore japonais. C'est le fantôme d'une femme mutilée par son mari samouraï : il lui a fendu la bouche d'une oreille à l'autre après l'avoir soupçonnée d'infidélité. Transformée en esprit malin, elle erre la nuit en portant un masque chirurgical et pose une question piège aux passants : « Suis-je belle ? ». Toute mauvaise réponse est fatale.

Étymologie : Le Nom qui Dit Tout
Kanji | Lecture | Signification |
口 | Kuchi | Bouche |
裂け | Sake | Fendre, déchirer |
女 | Onna | Femme |
Le nom est chirurgical. Pas de métaphore, pas de poésie. Trois kanji, trois faits : une bouche, fendue, sur une femme. C'est cette brutalité linguistique qui rend le nom impossible à oublier.
L'Histoire Originale : L'Ère Heian (794–1185)
La légende originale remonte à la période Heian (794–1185), l'une des ères les plus raffinées mais aussi les plus cruelles de l'histoire japonaise.
Le drame
Une femme d'une beauté exceptionnelle — la plus belle de son village — était l'épouse (ou la concubine) d'un samouraï extrêmement jaloux. Elle avait l'habitude de demander aux hommes du village s'ils la trouvaient belle. Un jour, le samouraï la surprit en compagnie d'un autre homme.
Fou de rage, consumé par le déshonneur, il tira son arme et lui fendit la bouche des commissures jusqu'aux oreilles. En la mutilant, il prononça la phrase qui allait hanter le Japon pendant des siècles :
« 誰がお前を美しいと思うか? » — Dare ga omae wo utsukushii to omou ka ? — « Qui te trouvera belle, maintenant ? »
La femme mourut peu après. Mais au lieu de disparaître, elle se transforma en onryō (怨霊, esprit vengeur) — le type de fantôme le plus dangereux du folklore japonais. Les mêmes esprits qui ont inspiré Sadako (Ring) et Kayako (The Grudge).
Son objectif pour l'éternité : reproduire sur d'autres la mutilation qu'elle a subie.
Ce qu'il faut comprendre
La Kuchisake-onna n'est pas un monstre qui tue pour le plaisir. C'est une victime devenue prédatrice. Son histoire est celle d'une femme détruite par un système patriarcal où la beauté féminine était à la fois vénérée et punie. Ce thème — la beauté comme piège et comme condamnation — traverse tout le folklore japonais. On le retrouve dans le masque Hannya (femme transformée en démon par la jalousie) et dans la légende de la Jorōgumo (araignée prenant forme de femme pour dévorer les hommes).
Comment Répondre à Kuchisake-onna ? (Guide de Survie)

C'est LA question que tout le monde se pose. La scène est toujours la même : tu es seul(e), la nuit, dans une ruelle brumeuse. Une femme en masque chirurgical s'approche et demande :
Phase 1 : « Watashi, kirei ? » — « Suis-je belle ? »
Ta réponse | Conséquence |
« Non » | Elle te tue immédiatement avec ses ciseaux |
« Oui » | Elle retire son masque, révélant sa bouche fendue, et demande... |
Phase 2 : « Kore demo ? » — « Même comme ça ? »
Ta réponse | Conséquence |
« Non » | Elle te tue immédiatement |
« Oui » | Elle te suit jusqu'à chez toi et te tue devant ta porte (ou te défigure pour que tu deviennes une Kuchisake-onna à ton tour) |
Les 5 méthodes de survie connues
Méthode | Ce que tu fais | Pourquoi ça marche | Source / Époque |
La réponse neutre | Dire « Maa maa desu » (« Tu es moyenne / couçi-couça ») | La plonge dans la confusion — elle ne sait pas si c'est positif ou négatif | Années 2000 |
Le retournement | Lui demander « Et toi, tu me trouves beau/belle ? » | Perturbée, elle ne sait plus quoi faire et part | Années 2000 |
Les bonbons | Jeter des bekko-ame (bonbons durs ambrés) par terre | Elle adore les bonbons et s'arrête pour les ramasser | Années 1970 |
Le mot magique | Crier « POMADE ! » (ポマード) trois fois | Référence possible à l'odeur du chirurgien qui l'a opérée (version moderne) — elle recule de terreur | Années 1970 |
La course | Courir le plus loin possible sans se retourner | Certaines versions disent qu'elle se lasse sur longue distance (mais elle court à 100 km/h selon d'autres) | Variable |
Mon conseil : Si tu es en convention cosplay et que quelqu'un porte un masque Kuchisake-onna articulé, la meilleure stratégie de survie reste le compliment. Et un bonbon.
La Panique de 1979 : Quand la Légende Devient Réelle
C'est ce qui rend Kuchisake-onna unique parmi toutes les légendes urbaines du monde : elle a provoqué une panique de masse documentée.
Chronologie des événements
Date | Événement |
Décembre 1978 | Première rumeur à Yaotsu (préfecture de Gifu). Une vieille paysanne au visage marqué reste debout dans son jardin la nuit. Les enfants la prennent pour Kuchisake-onna |
26 janvier 1979 | Première mention dans la presse : le journal Gifu Nichi Nichi Shimbun publie un article |
Mars 1979 | La rumeur se propage dans tout le Japon. Le magazine Shukan Asahi (23 mars) puis Shukan Shincho (5 avril) publient des articles |
Printemps 1979 | Psychose collective : les enfants refusent de sortir seuls. Des écoles organisent des retours en groupe. Les parents forment des patrouilles d'escorte (PTA) |
1979 | La police augmente les patrouilles dans les préfectures de Fukushima, Kanagawa et Hokkaido |
21 juin 1979 | Une femme de 25 ans est arrêtée à Himeji pour avoir erré avec un couteau et un masque chirurgical, déguisée en Kuchisake-onna |
Été 1979 | Les vacances scolaires calment la panique. La rumeur s'éteint progressivement |
Années 1990 | La légende resurgit via les premiers forums Internet |
Années 2000 | Nouvelle vague de popularité. La légende s'exporte en Corée du Sud et en Chine |
Pourquoi 1979 ?
Le professeur Iikura Yoshiyuki (Université du Kokugakuin), spécialiste de littérature orale, a une théorie : en 1979, de plus en plus de familles relativement aisées envoyaient leurs enfants dans des juku (塾, écoles de soir préparatoires). Les familles plus modestes auraient utilisé Kuchisake-onna comme épouvantail : « Si tu sors la nuit, elle t'attrapera. » Les enfants ont pris la menace au sérieux — puis l'ont transmise à leurs camarades.
La légende s'est propagée exactement comme un virus : de bouche à oreille, dans les cours de récréation, puis amplifiée par la presse locale. C'est la première légende urbaine purement japonaise à avoir eu un impact mesurable sur la vie publique.
Le Kuchisake Existe-t-il Vraiment ?
Non — et oui.
Non au sens surnaturel. Aucun esprit vengeur n'a jamais été documenté scientifiquement.
Oui au sens social : l'incident de 1979 à Himeji (femme arrêtée avec un couteau) est un fait réel. Et en 2004, plusieurs rapports de presse sud-coréens ont signalé des apparitions d'une « femme masquée » posant des questions à des enfants, relançant la panique.
Ce qui rend Kuchisake-onna crédible, c'est le masque chirurgical. Dans un pays où porter un masque est parfaitement normal (bien avant le Covid), n'importe quelle femme masquée dans une ruelle sombre peut devenir suspecte. C'est le génie de cette légende : elle transforme un geste quotidien en source de terreur.
Kuchisake-onna vs Les Autres Femmes Yokai
La mythologie japonaise regorge de femmes surnaturelles dangereuses. Voici comment Kuchisake-onna se compare :
Critère | Kuchisake-onna (口裂け女) | Hannya (般若) | Yuki-onna (雪女) | Jorōgumo (絡新婦) |
Type | Onryō (esprit vengeur) / légende urbaine | Masque de Nō / transformation | Yōkai élémentaire (neige) | Yōkai métamorphe (araignée) |
Époque | Heian (origine) → 1979 (résurgence) | Muromachi (XVe siècle) | Edo → 1904 (Lafcadio Hearn) | Edo → 1776 (Toriyama Sekien) |
Méthode | Question piège + ciseaux | Rage / transformation | Souffle glacé | Séduction + toile de soie |
Arme | Ciseaux, couteau ou faucille | Cornes + griffes | Froid mortel | Fils de soie + araignées de feu |
Victime type | Enfants, étudiants, hommes seuls | Homme qui l'a trahie | Voyageurs en montagne | Hommes séduits |
Peut-on survivre ? | Oui (bekko-ame, "Pomade", réponse neutre) | Non (si transformation complète) | Oui (si on tient sa promesse) | Non (sauf intervention d'un moine) |
Ce qu'elle symbolise | Pression sur la beauté / violence patriarcale | Jalousie destructrice | Amour impossible / trahison | Danger de la séduction |
Masque Dai Yokai |
Pour aller plus loin sur ces femmes dangereuses du folklore, lis mon article complet : Geisha et Yōkai : Quand la Beauté Cache le Monstre.
Les 5 Légendes Urbaines Japonaises les Plus Effrayantes
Kuchisake-onna ne vient pas de nulle part. Elle fait partie d'un écosystème de terreur typiquement japonais. Voici les légendes qui l'accompagnent :
Rang | Légende | Lieu | Principe | Lien avec Kuchisake-onna |
Kuchisake-onna (口裂け女) | Rues, ruelles | Question piège + mutilation | — | |
Hanako-san (花子さん) | Toilettes d'école | Frapper 3 fois à la 3e porte pour invoquer une fillette fantôme | Cible les enfants, univers scolaire | |
Teke Teke (テケテケ) | Gares, couloirs | Fantôme coupé en deux qui rampe à grande vitesse | Mutilation + vitesse surhumaine | |
Aka Manto (赤マント) | Toilettes publiques | Voix qui demande "Papier rouge ou papier bleu ?" — les deux réponses sont mortelles | Question piège binaire (même schéma) | |
Hitori Kakurenbo (ひとりかくれんぼ) | Chez soi | Cache-cache avec une poupée possédée | Rituel qui tourne mal |
Ce qui rend Kuchisake-onna #1, c'est qu'elle est la seule à avoir provoqué une panique réelle et documentée en 1979. Les autres restent dans le domaine des histoires de cour de récréation. Elle, elle a mobilisé la police.
Kuchisake-onna dans la Pop Culture
Œuvre | Type | Année | Rôle / Apparition |
Pom Poko (Studio Ghibli) | Film d'animation | 1994 | Apparition brève dans une parade yōkai |
Kuchisake-onna (Teruyoshi Ishii) | Court-métrage | 1996 | Première adaptation live |
Carved: The Slit-Mouthed Woman (Kōji Shiraishi) | Film d'horreur | 2007 | Film complet le plus fidèle à la légende |
Carved 2 + Carved 0 | Films | 2008 | Suite et préquelle |
Jujutsu Kaisen (Gege Akutami) | Manga/Anime | 2018+ | Référence dans l'univers des fléaux |
Demon Slayer | Manga/Anime | 2019 | Influence stylistique (masque chirurgical + lame) |
The Dark Knight (Nolan) | Film | 2008 | Influence possible sur le Joker (cicatrices de Glasgow, question « Wanna know how I got these scars? ») — non confirmée |
Mon Avis d'Artisan : Le Masque Kuchisake-onna Articulé
La Kuchisake-onna est la légende qui m'a poussé à préparer mon premier masque articulé. Pourquoi ? Parce que son histoire repose sur un seul geste : retirer le masque. Le passage du beau au terrible, en une seconde.
Mon Masque Kuchisake-onna articulé reproduit exactement ce mécanisme. Au repos, il ressemble à un demi-masque classique. Dès que tu parles ou que tu ouvres la bouche, la mâchoire s'ouvre pour révéler des dents décharnées et une chair à vif peinte à la main.
Pour ceux qui veulent pousser le concept encore plus loin, j'ai aussi créé une version avec cheveux : le Kuchisake-onna articulé + cheveux. Les longs cheveux noirs tombants reproduisent l'apparence classique de l'onryō japonais. Et il y a la version collaboration Kuchisake x Tentacules, un crossover unique avec l'artiste Melissa d'Adopte ton Poulpe.
Tous fabriqués en PETG (polymère haute résistance) dans mon atelier de Plélan-le-Grand, en Bretagne. Le PETG est léger (portables toute une journée en convention), résistant (la mâchoire articulée encaisse des centaines d'ouvertures/fermetures sans casser), et durable (supporte chaleur et humidité). Le bois est noble, mais un mécanisme articulé en bois casserait en une semaine d'utilisation intensive. Le PETG, non.
Utilisation en Déco ou Cosplay
Ambiance | Produits recommandés | Mise en scène |
Cosplay horreur (convention) | Kuchisake articulé + trench beige + ciseaux factices | Tu poses la question « Suis-je belle ? » aux passants. La mâchoire s'ouvre. Effet garanti |
Mur « Femmes démoniaques » | Fond noir mat, éclairage latéral. Trois stades : beauté → déchéance → démon | |
Halloween / Soirée horreur | Le plus efficace pour effrayer. Les cheveux ajoutent un réalisme saisissant | |
Cabinet de curiosités | Kuchisake sur Socle Hōju | À côté d'un Yūrei — le duo spectres du Japon |
Les Chiffres et Superstitions du Japon (Bonus Culture)
Puisque beaucoup de gens qui s'intéressent à Kuchisake-onna cherchent aussi à comprendre les superstitions japonaises, voici un tableau bonus :
Superstition | Explication |
Le chiffre maudit : 4 (四, shi) | Se prononce comme « mort » (死, shi). Les hôpitaux japonais n'ont souvent pas de chambre 4 ni de 4e étage |
Le chiffre maudit : 9 (九, ku) | Se prononce comme « souffrance » (苦, ku) |
Le masque chirurgical | Porté quotidiennement au Japon pour des raisons d'hygiène. C'est ce qui rend Kuchisake-onna si terrifiante : elle se fond dans la normalité |
Les ciseaux | Dans le folklore japonais, les objets coupants peuvent devenir des tsukumogami (objets animés) après 100 ans |
Questions Fréquentes (FAQ)
Qui est Kuchisake-onna et quelle est son histoire ?
Kuchisake-onna (口裂け女, « femme à la bouche fendue ») est un onryō (esprit vengeur) du folklore japonais. Selon la légende originale de l'ère Heian (794–1185), elle était l'épouse d'un samouraï jaloux qui lui a fendu la bouche d'une oreille à l'autre après l'avoir soupçonnée d'infidélité. Devenue esprit vengeur, elle erre la nuit en masque chirurgical et pose la question piège « Suis-je belle ? » avant de mutiler ses victimes avec des ciseaux. En 1979, cette légende a provoqué une panique de masse au Japon, forçant la police à intervenir.
Comment survivre à Kuchisake-onna ?
Il existe cinq méthodes connues : répondre « Maa maa desu » (tu es moyenne) pour la plonger dans la confusion ; lui retourner sa question (« Et moi, suis-je beau ? ») ; lui jeter des bonbons bekko-ame qu'elle adore ; crier « POMADE ! » trois fois (référence à l'odeur du chirurgien dans la version moderne) ; ou courir longtemps et espérer qu'elle se lasse. La réponse neutre est la méthode la plus largement citée dans le folklore moderne.
Quelle est la légende japonaise la plus effrayante ?
Kuchisake-onna est généralement considérée comme la légende urbaine japonaise la plus terrifiante, et c'est la seule à avoir provoqué une psychose collective documentée en 1979 (patrouilles de police, escortes scolaires, arrestation). Parmi les autres légendes très effrayantes : Hanako-san (la fillette des toilettes), Teke Teke (le fantôme coupé en deux), et Aka Manto (le spectre aux questions piège dans les toilettes publiques).
Explore l'Univers Dai Yokai
La Kuchisake-onna prouve qu'un simple masque peut contenir toute l'horreur du monde. Un masque chirurgical blanc, un geste pour l'enlever, et tout bascule.
C'est exactement ce que reproduit le Masque Kuchisake-onna articulé — le passage du normal au terrifiant, en un mouvement de mâchoire. Explore aussi les autres visages de l'horreur japonaise : le Yūrei, le TOP 10 des Yokai, et la collection complète des masques japonais artisanaux.





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