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Journal Dai Yokai

Watanabe no Tsuna : histoire, légende et bras d'Ibaraki-dōji


Réponse courte : Watanabe no Tsuna est un guerrier de l'époque de Heian devenu célèbre dans le folklore japonais pour avoir tranché le bras d'un Oni. Selon les versions, la rencontre a lieu au pont Ichijō Modoribashi ou à la porte Rashōmon. Le démon est souvent nommé Ibaraki-dōji, mais ces détails appartiennent à des traditions différentes.

La scène est simple et puissante : un guerrier, une nuit à Kyoto, une créature qui révèle son vrai visage, puis un bras d'Oni emporté par un coup de sabre. Elle a nourri des rouleaux peints, des estampes, des netsuke et le théâtre japonais. Pourtant, la raconter comme un événement unique et parfaitement fixé efface ce qui la rend intéressante : chaque époque en a déplacé le lieu, renommé le sabre ou précisé l'identité du démon.

Illustration moderne de Watanabe no Tsuna au pont Ichijō face à Ibaraki-dōji
Illustration moderne de la rencontre entre Watanabe no Tsuna et l'Oni. Elle ne reproduit pas une œuvre historique précise.

Qui était Watanabe no Tsuna ?

Watanabe no Tsuna (渡辺綱) est généralement daté de 953 à 1025 dans les catalogues de musées. Il appartient à la période de Heian, bien avant que le mot « samouraï » ne désigne exactement la classe guerrière des siècles suivants. Le qualifier de guerrier ou de combattant au service d'un puissant seigneur est donc plus précis que de projeter sur lui l'image complète du samouraï de l'époque d'Edo.

Le British Museum le présente comme un fidèle de Minamoto no Yorimitsu, aussi appelé Raikō. Dans la tradition littéraire, Tsuna devient le chef des quatre compagnons guerriers de Yorimitsu, les Shitennō. Ce groupe affronte des brigands, des monstres et des Oni, notamment dans le cycle consacré à Shuten-dōji.

Il faut distinguer ce noyau biographique des récits merveilleux. Tsuna a bien une place dans la mémoire des guerriers de Heian, mais les scènes qui l'ont rendu célèbre nous sont surtout connues par des œuvres composées, copiées ou illustrées longtemps après sa mort. Elles témoignent de la légende de Tsuna, pas d'un procès-verbal du XIe siècle.

La légende du bras tranché

Dans la trame commune, Tsuna traverse Kyoto lorsqu'il rencontre une femme. Elle lui demande de la raccompagner. Une fois installée derrière lui ou arrivée près d'un pont, elle révèle sa nature démoniaque, saisit le guerrier et tente de l'emporter. Tsuna dégaine alors son sabre et tranche un bras de la créature.

Une estampe d'Utagawa Kuniyoshi conservée au National Museum of Asian Art place cette scène à Ichijō Modoribashi. La notice décrit la femme qui se transforme en démon, agrippe Tsuna par les cheveux et perd son bras sous le coup de Higekirimaru. Un netsuke du British Museum reprend le même épisode et le même pont.

D'autres œuvres déplacent le combat à Rashōmon, l'ancienne porte monumentale située au sud de la capitale. Dans cette version, Tsuna se rend sur place pour vérifier la présence d'un démon et lui coupe le bras au cours de l'affrontement. La créature est fréquemment identifiée à Ibaraki-dōji, mais cette identification n'est pas formulée de façon identique dans toutes les sources.

Rashōmon ou Ichijō Modoribashi : deux versions à ne pas confondre

Il n'est pas nécessaire de choisir une version « vraie » et de supprimer l'autre. Le folklore japonais fonctionne ici par reprises et transformations. Le pont et la porte appartiennent à deux traditions devenues célèbres, avec des scènes proches mais non interchangeables.

Élément Version d'Ichijō Modoribashi Version de Rashōmon
Lieu Pont Ichijō Modoribashi, au nord de l'ancienne Kyoto Porte Rashōmon, aussi appelée Rajōmon, au sud de la capitale
Rencontre Une femme demande à Tsuna de la raccompagner, puis se transforme Tsuna se rend à la porte réputée hantée et affronte l'Oni
Adversaire Une femme-démon, souvent rapprochée d'Ibaraki-dōji Un Oni, souvent nommé Ibaraki-dōji dans les récits et adaptations
Sabre Higekirimaru ou Higekiri dans plusieurs notices Souvent associé à Onikiri dans les traditions du sabre
Œuvres connues Estampes de Kuniyoshi, netsuke et récits illustrés Rouleaux peints, récits de Rashōmon et adaptations théâtrales

Le Kyoto National Museum conserve un Rashōmon Emaki du XVIIIe siècle où Tsuna coupe le bras droit d'un Oni présenté comme un survivant du mont Ōe. La notice relie aussi cet épisode aux traditions qui entourent les sabres Onimaru et Onikiri. Cette œuvre montre surtout que la version de Rashōmon possédait déjà sa propre histoire visuelle, distincte de la rencontre au pont.

L'Oni est-il vraiment Ibaraki-dōji ?

Ibaraki-dōji est aujourd'hui le nom le plus souvent donné à l'adversaire de Tsuna. Cet Oni est lié à Shuten-dōji, le chef démoniaque du mont Ōe. Le musée préfectoral d'Histoire de Hyōgo présente Ibaraki-dōji comme un subordonné de Shuten-dōji et rappelle que Watanabe no Tsuna fait partie des quatre guerriers accompagnant Yorimitsu contre ce groupe.

Ce lien crée une continuité séduisante : Tsuna aurait d'abord combattu les Oni du mont Ōe, puis affronté Ibaraki-dōji à Kyoto. Mais les œuvres ne donnent pas toutes le même nom au démon du pont ou de la porte. La formulation la plus honnête est donc « souvent identifié à Ibaraki-dōji », et non « nécessairement Ibaraki-dōji ».

Pour approfondir le point de vue du démon, l'article consacré à Ibaraki-dōji et au bras coupé complète ce portrait sans dupliquer l'histoire de Tsuna.

Comment l'Oni récupère-t-il son bras ?

Après le combat, Tsuna conserve le bras tranché. Dans une version très répandue, on lui conseille de l'enfermer et de ne laisser personne le voir pendant une période déterminée. Une vieille femme se présente ensuite comme sa tante, sa nourrice ou une parente. Elle persuade le guerrier de lui montrer le trophée, reprend soudain sa forme d'Oni, saisit le bras et s'enfuit.

La durée de la garde, l'identité de la visiteuse et la personne qui prévient Tsuna varient selon les récits. Abe no Seimei apparaît dans certaines adaptations comme le devin qui conseille au guerrier de se protéger, mais il ne faut pas l'ajouter à toutes les versions. Ce motif du visiteur familier sert surtout à retourner la force de Tsuna contre lui : il résiste au démon en combat, puis cède par respect et confiance envers une aînée.

Higekiri, Onikiri ou Onikirimaru : quel sabre utilise Tsuna ?

Le sabre de Tsuna est souvent appelé Higekiri ou Higekirimaru dans les notices consacrées à la rencontre d'Ichijō Modoribashi. Son nom est ensuite relié à Onikiri, « coupeur d'Oni », parce que la lame aurait tranché le bras du démon. D'autres généalogies de sabres emploient Onikirimaru ou associent le nom à des épisodes différents.

Ces traditions ne forment pas une chaîne de propriété unique que l'on pourrait résumer par « le sabre historique de Tsuna est aujourd'hui conservé à tel endroit ». Les lames célèbres ont reçu des noms, des attributions et des récits concurrents au fil des siècles. Il est plus juste de parler d'une famille de traditions autour de Higekiri et d'Onikiri que d'une identification matérielle incontestable.

Pourquoi cette scène est-elle devenue si célèbre ?

Le combat condense plusieurs thèmes efficaces : la ville familière qui devient dangereuse la nuit, la beauté qui dissimule une menace, le contrôle du guerrier face au surnaturel et le membre coupé qui peut encore être repris. Il offre aussi une image immédiatement lisible aux artistes : le bras levé, la lame en mouvement et l'Oni suspendu au-dessus de Tsuna.

Les estampes d'Utagawa Kuniyoshi ont largement diffusé cette iconographie au XIXe siècle. Les sculpteurs de netsuke l'ont réduite à quelques centimètres sans perdre la tension de la scène. Le théâtre nô et le kabuki ont, chacun à leur manière, développé les épisodes de Rashōmon et du retour du bras. Chaque support a donc renforcé la légende tout en la modifiant.

Cette circulation explique les contradictions apparentes entre les résumés modernes. Un pont dans une estampe, une porte dans un rouleau et une tante dans une pièce ne sont pas nécessairement des erreurs. Ce sont souvent les traces de versions différentes assemblées plus tard en un seul récit.

Pourquoi les Watanabe seraient-ils épargnés à Setsubun ?

Une anecdote populaire affirme que certaines familles portant le nom Watanabe ne lancent pas de haricots à Setsubun : les Oni auraient trop peur du descendant de Tsuna pour approcher leur maison. La formule est amusante et prolonge la réputation du héros jusque dans une fête actuelle.

Il faut cependant la présenter pour ce qu'elle est : une croyance moderne rapportée pour certaines familles, pas un privilège officiel accordé à tous les Watanabe ni une règle nationale japonaise. Les pratiques de Setsubun varient déjà fortement selon les régions, les temples et les foyers.

De la légende aux créations Dai Yokai

Le récit de Tsuna oppose le visage discipliné du guerrier à la transformation brutale de l'Oni. Les masques Oni Dai Yokai et les demi-masques inspirés du mempō reprennent cette tension visuelle dans des créations contemporaines. Ils ne sont ni des armures historiques, ni des objets rituels japonais.

Les demi-masques sont fabriqués à la commande en Bretagne sur une base en PETG, puis préparés, peints et vernis à la main. Le demi-masque Mempo Oni accentue la figure démoniaque, tandis que le demi-masque Mempo samouraï japonais reprend une expression plus guerrière. Ils sont pensés pour la décoration, la collection, la photo, le cosplay ou un studio tattoo, pas pour protéger le visage au combat.

Sources utilisées

Questions fréquentes

Watanabe no Tsuna a-t-il réellement existé ?

Watanabe no Tsuna est généralement présenté comme un guerrier de l'époque de Heian ayant vécu de 953 à 1025. Il est associé à Minamoto no Yorimitsu. En revanche, le combat contre l'Oni appartient à une tradition légendaire transmise et transformée par des textes, des pièces de théâtre et des œuvres visuelles postérieurs.

Quel Oni Watanabe no Tsuna affronte-t-il ?

L'adversaire de Tsuna est le plus souvent identifié à Ibaraki-dōji, un Oni associé à Shuten-dōji et au mont Ōe. Toutes les œuvres ne le nomment toutefois pas de la même façon. Certaines notices parlent seulement d'un démon ou d'un Oni. Il vaut donc mieux considérer Ibaraki-dōji comme l'identification dominante, pas universelle.

Le combat a-t-il lieu à Rashōmon ou à Ichijō Modoribashi ?

Les deux lieux existent dans la tradition. À Ichijō Modoribashi, Tsuna rencontre souvent une femme qui se transforme en démon. À Rashōmon, il se rend à la porte réputée hantée et affronte l'Oni. Les estampes, les rouleaux peints et le théâtre ont développé ces versions parallèles au lieu de conserver un récit unique.

Comment l'Oni récupère-t-il son bras ?

Dans une version très répandue, l'Oni revient sous l'apparence d'une vieille femme connue de Tsuna, souvent sa tante, sa nourrice ou une parente. Elle obtient le droit de voir le bras enfermé, révèle sa véritable nature, le reprend et s'enfuit. L'identité de la visiteuse et les détails changent selon les récits.

Quel sabre utilise Watanabe no Tsuna ?

Le sabre est fréquemment nommé Higekiri ou Higekirimaru dans la rencontre d'Ichijō Modoribashi. La légende le relie ensuite au nom Onikiri, « coupeur d'Oni ». Les généalogies et les noms des lames diffèrent selon les traditions. On ne peut donc pas réduire toutes les versions à un unique sabre matériel parfaitement identifié.

Quel est le lien entre Tsuna, Shuten-dōji et Minamoto no Yorimitsu ?

Tsuna est présenté comme l'un des quatre compagnons guerriers de Minamoto no Yorimitsu, aussi appelé Raikō. Dans le cycle légendaire du mont Ōe, ce groupe affronte Shuten-dōji et ses Oni. Ibaraki-dōji est couramment décrit comme un proche ou un subordonné de Shuten-dōji, ce qui relie les récits.

Pourquoi parle-t-on des Watanabe à Setsubun ?

Une anecdote populaire raconte que certaines familles Watanabe n'ont pas besoin de lancer des haricots à Setsubun, car les Oni craindraient encore le nom de Tsuna. Il s'agit d'une tradition moderne rapportée dans certains foyers, pas d'un privilège historique officiel ni d'une pratique suivie par toutes les personnes portant ce nom.

Voir la pièce liée à cet article.

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