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Dai Yokai

Masques inspirés du folklore japonais

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Folklore japonais

Watanabe no Tsuna et le bras d’Ibaraki-dōji

Qui était Watanabe no Tsuna ? Guerrier de Heian, versions du duel à Rashōmon et Ichijō Modoribashi, bras d’Ibaraki-dōji et noms du sabre.

Par Jérémy 7 min de lecture
Publié le Mis à jour le


Watanabe no Tsuna (953-1025 selon les ouvrages de référence) est un guerrier du milieu de l’époque de Heian, associé à Minamoto no Yorimitsu. Le duel où il tranche le bras d’un Oni appartient, lui, à des récits développés et transformés au fil des siècles. Deux lieux, plusieurs noms de sabre et une identification tardive à Ibaraki-dōji expliquent pourquoi les versions ne coïncident pas toujours.

Rashōmon ou Ichijō Modoribashi ?

Élément Ichijō Modoribashi Rashōmon
Lieu Un pont au nord de l’ancienne Kyoto La grande porte au sud de la capitale
Départ du récit Une femme demande à Tsuna de la raccompagner puis révèle une forme démoniaque Tsuna se rend à la porte réputée hantée et affronte l’Oni
Adversaire Femme-démon non nommée dans le Ken no maki Oni ensuite identifié à Ibaraki-dōji dans des reprises tardives
Nom du sabre Higekiri ou Higekirimaru dans plusieurs notices Souvent associé à Onikiri dans les traditions de la lame
Watanabe no Tsuna et le bras d’Ibaraki-dōji

Que sait-on du Watanabe no Tsuna historique ?

Les ouvrages de référence japonais situent Watanabe no Tsuna (渡辺綱) entre 953 et 1025 et l’associent à Minamoto no Yorimitsu, aussi appelé Raikō. Certaines notices donnent 1024 pour l’année de sa mort, il ne faut donc pas présenter cette datation comme unanime. Dans la tradition, Tsuna devient l’un des quatre compagnons guerriers de Yorimitsu, les Shitennō.

Ces repères ne prouvent pas le combat surnaturel. Les rouleaux, estampes, pièces et objets qui racontent la scène sont postérieurs. Il est donc plus précis de séparer le guerrier de Heian du héros façonné par les arts et le folklore. Pour replacer ce personnage dans son époque sans lui appliquer tous les codes tardifs du bushidō, consulte les repères sur les guerriers japonais.

Le récit du bras tranché

Dans la trame commune, Tsuna rencontre une femme ou un démon sur une route de Kyoto. La créature tente de l’enlever ou de l’attaquer. Il dégaine alors sa lame et tranche un bras. L’Oni survit, puis revient par la ruse pour reprendre le membre conservé par le guerrier.

Dans la forme du Ken no maki rattachée au Heike monogatari, Tsuna affronte à Ichijō Modoribashi une femme-démon qui n’est pas nommée. Le National Museum of Asian Art conserve une estampe de Kuniyoshi qui situe cette transformation au pont et nomme la lame Higekirimaru. Le British Museum décrit un netsuke reprenant le même épisode.

La version de Rashōmon

La pièce de nō Rashōmon transpose le duel à la porte méridionale de Kyoto. Le Kyoto National Museum documente un Rajōmon emaki du XVIIIe siècle, où la scène est reliée aux traditions de l’expédition du mont Ōe et des lames célèbres. Rajōmon (羅城門) désigne ici la porte et le titre du rouleau, Rashōmon (羅生門) la graphie de la pièce et de nombreuses reprises.

L’Oni est-il Ibaraki-dōji ?

Ibaraki-dōji est aujourd’hui l’identification la plus connue, mais elle ne figure pas dans le Ken no maki ni dans les premiers récits du mont Ōe. Une étude de Hitomi Kawanabe montre que la fusion se fixe au fil des reprises, notamment à l’époque d’Edo. Le Zen Taiheiki, vers 1681, identifie clairement l’Oni de Rashōmon à Ibaraki. L’article sur Ibaraki-dōji et les deux versions du duel suit ce personnage de son propre point de vue.

Ce personnage appartient au cycle de l’expédition contre Shuten-dōji. Le musée préfectoral d’Histoire de Hyōgo présente Ibaraki comme un membre important du groupe de Shuten et Tsuna comme l’un des guerriers de Yorimitsu. Cette parenté narrative ne transforme pas chaque démon anonyme du pont ou de la porte en Ibaraki avec certitude.

Comment le bras est-il repris ?

Dans plusieurs reprises tardives, Tsuna conserve le bras et reçoit l’ordre de ne le montrer à personne. Dans la pièce de kabuki Tsuna Yakata, Ibaraki prend l’apparence de la tante Mashiba, obtient de voir le trophée, reprend sa forme d’Oni et s’enfuit avec le membre. D’autres récits changent la visiteuse ou la durée de garde. La constante n’est donc pas un protocole unique, mais une ruse qui succède au combat.

Higekiri ou Onikiri : pourquoi deux noms ?

Higekiri ou Higekirimaru apparaît dans plusieurs notices liées au pont. Onikiri, « coupeur d’Oni », est associé à la lame après le coup porté au démon dans d’autres traditions. Onikirimaru existe également. Ces noms et généalogies ont évolué avec les récits.

Il serait donc trompeur de présenter une seule arme matérielle comme le sabre incontestable du combat. Ici, les noms servent à distinguer les versions, pas à fabriquer une continuité historique.

Tsuna dans l’estampe et le théâtre

La scène offre une image forte aux artistes : la lame, le bras levé, le pont ou la porte, puis la métamorphose. Kuniyoshi la diffuse dans l’estampe. Des rouleaux, des netsuke et les arts de la scène déplacent ensuite le lieu ou développent le retour du bras.

Ces écarts ne sont pas forcément des erreurs. Ils montrent comment une légende circule d’un support à l’autre. Le visuel principal actuel reste identifié comme une illustration contemporaine, pas comme une œuvre historique.

La tradition des Watanabe à Setsubun

Une coutume attestée dans certaines familles ou localités veut que des Watanabe ne lancent pas de haricots à Setsubun, car les Oni craindraient encore le nom de Tsuna. La base de références de la Bibliothèque nationale de la Diète rassemble des enquêtes et sources régionales sur cette pratique. Ce n’est pas une règle nationale ni une habitude de toutes les personnes portant ce nom.

Une scène reprise aujourd’hui

Le face-à-face oppose une figure humaine disciplinée à une transformation démoniaque. Les créations Dai Yokai s’en inspirent librement sans devenir des armures historiques ni des objets rituels. Le demi-masque Mempo samouraï est imprimé en 3D PETG, poncé, peint et fini à la main en Bretagne.

Sources et œuvres

Questions fréquentes

Watanabe no Tsuna a-t-il réellement existé ?

Les ouvrages de référence le présentent comme un guerrier du milieu de Heian, généralement daté de 953 à 1025. Le combat contre l’Oni appartient toutefois à des récits postérieurs.

Le combat a-t-il lieu à Rashōmon ou à Ichijō Modoribashi ?

Les deux lieux appartiennent à des versions célèbres. Les œuvres les développent séparément, il n’existe pas une scène unique à laquelle les ramener.

Quel Oni Tsuna affronte-t-il ?

L’adversaire est souvent identifié à Ibaraki-dōji, mais certaines sources le décrivent seulement comme un démon. Cette identification n’est donc pas universelle.

Higekiri et Onikiri sont-ils le même sabre ?

Les récits rapprochent ces noms, mais les généalogies et attributions varient. Il vaut mieux parler de traditions liées entre elles que d’une identification matérielle certaine.