WATANABE NO TSUNA : LA LÉGENDE DU SAMOURAÏ QUI A TRANCHÉ L'ONI
- DAI YOKAI
- 5 févr.
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 févr.
Si vous demandez à un jeune fan de manga qui est le plus grand "Demon Slayer" (Pourfendeur de démons), il vous répondra probablement Tanjiro Kamado. Mais si vous posez la même question à un historien du Japon ou à un maître de théâtre Kabuki, la réponse sera différente. Il vous parlera d'un homme qui vivait il y a mille ans, à une époque où les frontières entre le monde des humains et le monde des esprits étaient encore floues.
Cet homme s'appelait Watanabe no Tsuna (渡邊 綱).
Il n'avait pas de "souffle de l'eau" ni de pouvoirs magiques. Il avait juste une armure, un courage d'acier et un sabre si tranchant qu'il a fini par porter le nom de sa proie.
Watanabe no Tsuna est l'archétype du héros japonais. C'est lui qui a affronté le bras droit du Roi des Démons, Ibaraki Dōji, dans un duel qui résonne encore aujourd'hui dans chaque foyer japonais le 3 février.
Pourquoi ce guerrier est-il si important pour comprendre les Masques Oni que je sculpte dans mon atelier Daiyokai ? Parce que sans le Chasseur, le Monstre n'est qu'une bête sauvage. C'est le combat qui donne sa noblesse au démon.
Dans ce dossier exhaustif, nous allons plonger dans le Kyoto sombre de l'époque Heian. Nous analyserons la lame légendaire Onikiri, nous décortiquerons la ruse du pont Modoribashi, et nous verrons pourquoi, si vous avez la chance de vous appeler "Watanabe", vous possédez un super-pouvoir invisible.
I. LE CONTEXTE HISTORIQUE : HEIAN, L'ÂGE DES TÉNÈBRES
Pour comprendre la légende, il faut comprendre le décor. Nous sommes au milieu de l'époque Heian (794–1185).
Kyoto (alors appelée Heian-kyo) est la capitale de la paix et de la tranquillité. Mais cette paix n'est qu'une façade.

1. La Nuit Appartient aux Yokai
À cette époque, les aristocrates vivent dans la peur constante. On croyait fermement que dès le coucher du soleil, la ville appartenait aux esprits. C'était l'heure de la "Parade Nocturne des Cent Démons" (Hyakki Yako).
Les ponts, les carrefours et les vieilles portes étaient des lieux de passage (Liminal Spaces) où l'on pouvait se faire enlever par des Oni.
C'est dans ce climat de paranoïa que le clan Minamoto a émergé comme une force militaire capable de protéger l'Empereur non seulement des rebelles humains, mais aussi des menaces surnaturelles.
2. Les "Shitenno" : Les Quatre Rois Célestes
Le chef du clan, Minamoto no Raikō (ou Yorimitsu), était un héros légendaire. Mais un héros ne se bat jamais seul. Il était entouré de quatre lieutenants d'élite, surnommés les Shitenno (en référence aux quatre dieux gardiens bouddhistes).
Watanabe no Tsuna (Le plus brave).
Sakata no Kintoki (Le plus fort, l'homme à la hache, le futur "Kintaro").
Urabe no Suetake (Le sage).
Usui Sadamitsu (Le stratège).
Parmi eux, Watanabe no Tsuna était le spécialiste du sabre. Il était connu pour son stoïcisme absolu. Là où Kintoki était une force de la nature brute, Tsuna était la technique pure et le sang-froid.
II. Watanabe no Tsuna - LA LÉGENDE DE LA PORTE RASHOMON

C'est l'acte fondateur du mythe. Une histoire de bravoure qui commence, comme souvent, par un pari d'ivrognes.
1. Le Défi
Un soir de tempête, Raikō et ses quatre lieutenants buvaient du saké chaud. La discussion tourna vers les rumeurs effrayantes concernant la Porte Rashomon, la gigantesque porte sud de Kyoto, qui tombait en ruine. On disait qu'un démon y avait élu domicile et dévorait les voyageurs imprudents.
Les autres samouraïs hésitaient. Qui serait assez fou pour aller dans un lieu hanté par une nuit pareille ?
Tsuna posa sa coupe. Sans un mot, il enfila son armure, prit son cheval et déclara qu'il irait y planter une amulette de protection (Fuda) pour prouver son passage.
2. La Rencontre sous l'Orage
La tempête était si violente que son cheval, terrorisé par l'odeur de soufre et d'ozone, refusa d'approcher la porte. Tsuna mit pied à terre et avança seul dans la boue.
La Porte Rashomon était une structure massive, sombre, grinçante.
Alors qu'il fixait l'amulette sur un pilier, il sentit une présence. Une chaleur anormale.
Soudain, une main griffue gigantesque descendit du plafond de la porte et agrippa son casque (Kabuto). Le démon essayait de le soulever dans les airs, comme un aigle enlève une tortue.
3. Le Réflexe du Guerrier
La plupart des hommes auraient hurlé ou se seraient figés. Tsuna ne fit ni l'un ni l'autre.
Il dégaina son Tachi (sabre long de cavalerie) en une fraction de seconde. Il ne pouvait pas voir le monstre, qui était au-dessus de lui. Il frappa à l'instinct, un coup ascendant vers les cieux.
L'acier rencontra la chair et l'os.
Un hurlement inhumain déchira le tonnerre.
Le démon, blessé, lâcha prise et s'enfuit dans les nuages noirs, laissant derrière lui une pluie de sang noir... et son bras droit, tranché net, qui tomba lourdement aux pieds du samouraï.
Le démon n'était autre qu**'Ibaraki Dōji**, le redoutable lieutenant de Shuten Dōji. Tsuna ramassa le bras griffu, le mit dans un coffre, et rentra finir son saké.
III. L'ARME : DE "HIGEKIRI" À "ONIKIRI"

Dans le folklore japonais, l'épée est un personnage à part entière. Celle de Tsuna a une histoire fascinante.
Ce sabre a été forgé par le maître Yasutsuna (d'où le nom complet Onikiri Yasutsuna). C'est l'un des plus vieux sabres courbes (Tachi) du Japon.
Au départ, l'épée s'appelait Higekiri ("La Coupeuse de Barbe"). Pourquoi ? Parce que lorsqu'on l'a testée sur un criminel décapité, elle était si tranchante qu'elle a coupé le cou ET la barbe de la victime d'un seul coup.
Après l'exploit de la porte Rashomon, l'épée fut renommée Onikiri ("La Tueuse d'Oni").
Ce changement de nom est crucial : il transforme l'objet. Ce n'est plus juste une arme pour tuer des hommes, c'est une arme spirituelle, chargée d'une énergie capable de blesser le surnaturel.
Aujourd'hui, cette épée (ou celle prétendue l'être) est conservée comme Trésor National au sanctuaire Kitano Tenmangu à Kyoto. Elle est vénérée.
IV. LA CONTRE-ATTAQUE : L'HISTOIRE DU PONT MODORIBASHI

Avoir un bras de démon chez soi n'est pas sans risque. Ibaraki Dōji voulait récupérer son bien. Cette suite de l'histoire nous enseigne que la force brute ne suffit pas ; il faut aussi de la vigilance.
1. La Quarantaine
Après l'incident, un devin (Onmyoji, probablement le célèbre Abe no Seimei) avertit Tsuna : "Le démon reviendra. Tu dois enfermer le bras dans un coffre scellé et ne laisser entrer personne chez toi pendant 7 jours. Personne."
Tsuna, discipliné, s'enferma chez lui. Il passa 6 jours à réciter des sutras, son épée Onikiri sur les genoux.
2. La Visite de la Tante

Le 7ème soir, au crépuscule, quelqu'un frappa à la porte.
C'était la vieille tante de Tsuna (ou sa nourrice, selon les versions), venue de la lointaine province de Settsu. Elle voulait voir son neveu chéri.
Tsuna refusa d'ouvrir : "Je suis sous interdit divin."
La vieille femme se mit à pleurer. "Je t'ai élevé comme mon fils, j'ai voyagé des jours pour te voir, et tu me laisses dehors comme un chien ?"
Tsuna, touché par la Piété Filiale (une vertu confucéenne suprême au Japon), céda. Il ouvrit la porte.
3. La Trahison
La tante entra. Elle était douce, gentille. Elle écouta le récit du combat avec admiration. Puis, innocemment, elle demanda : "Puis-je voir ce fameux bras ? Je suis vieille, je n'aurai jamais l'occasion de voir une telle chose avant de mourir."
Tsuna, baissant sa garde face à cette figure maternelle, sortit le coffre et l'ouvrit.
Le visage de la vieille femme changea instantanément. Ses yeux devinrent jaunes, sa bouche s'fendit jusqu'aux oreilles.
"C'EST MON BRAS !" hurla-t-elle avec une voix caverneuse.
Elle saisit le membre coupé, se transforma en Ibaraki Dōji, défonça le toit de la maison et s'envola dans la nuit.
Tsuna tenta de frapper, mais il était trop tard. Le démon s'était échappé.
La leçon : Les Oni exploitent nos faiblesses émotionnelles, pas seulement nos faiblesses physiques.

V. L'HÉRITAGE CULTUREL : LE "WATANABE PRIVILEGE"
Cette légende a laissé une trace indélébile dans la société japonaise moderne, à travers une tradition unique liée à la fête de Setsubun.
Le 3 février, les Japonais jettent des haricots pour chasser les démons.
Mais saviez-vous que les familles portant le nom de famille Watanabe sont officiellement dispensées de ce rituel ?
C'est un fait culturel très sérieux.
La légende dit que les Oni (et Ibaraki Dōji en particulier) ont été tellement traumatisés par Watanabe no Tsuna et son épée Onikiri qu'ils ont développé une peur héréditaire de ce nom.
Dès qu'un démon voit un écriteau "Watanabe" sur une porte, il fuit.
Les Watanabe sont donc considérés comme les descendants spirituels du Pourfendeur. Ils n'ont pas besoin de haricots ; leur nom est une amulette en soi. C'est sans doute l'un des "Easter Eggs" les plus cool de la culture japonaise.

VI. ANALYSE DU "DÉMON SLAYER" MODERNE
L'archétype de Watanabe no Tsuna infuse toute la culture pop actuelle.
Kimetsu no Yaiba (Demon Slayer) : Les Piliers (Hashira) sont les héritiers spirituels des Shitenno. L'idée que des épées spéciales (Nichirin) sont nécessaires pour tuer des démons vient directement de la légende d'Onikiri.
Fate/Grand Order : Tsuna est un personnage jouable très populaire. Il est représenté comme un "Yakuza Slayer" moderne et stylé, toujours hanté par sa connexion avec Ibaraki.
Nioh 2 : Le jeu explore la relation ambigüe entre les humains et les yokai à cette époque. Vous pouvez y porter l'armure de Tsuna.
Il représente le Guerrier Stoïque. Contrairement à Shuten Dōji qui est l'excès et l'ivresse, Tsuna est la retenue et la précision. C'est le contraste parfait.
VII. L'APPROCHE DAIYOKAI : LE MASQUE COMME TROPHÉE DE CHASSE
1. Le "Mur du Chasseur"
Quand vous achetez un Masque Oni Rouge ou un Masque Ibaraki (bientot) , vous ne célébrez pas forcément le mal. Vous pouvez voir l'objet comme le trophée de Watanabe no Tsuna.
Accrocher le masque au mur revient à dire : "Le monstre a été vaincu. Voici sa tête."
C'est une décoration de protection et de puissance. Cela inverse la symbolique : l'objet ne fait plus peur, il rassure, car il est "capturé".
2. L'Association Katana / Masque
C'est le setup ultime pour un fan du Japon féodal.
Placez un support de sabre (Katanakake) avec un beau Katana (réplique d'Onikiri ou autre).
Accrochez juste au-dessus un Masque Oni Daiyokai (avec une corne coupée ou marquée, pour rappeler le duel).
Vous créez ainsi un autel narratif chez vous. Vous racontez l'histoire de la Porte Rashomon sans dire un mot. Visuellement, le contraste entre l'acier froid du sabre et les couleurs organiques du masque (Rouge, chair) est magnifique.
CONCLUSION
Watanabe no Tsuna est bien plus qu'un personnage historique. Il est l'incarnation de la volonté humaine face à l'inconnu.
Il nous apprend que même face à une main géante qui surgit des ténèbres pour nous écraser, la bonne réaction n'est pas de fuir, mais de dégainer.
Que vous soyez un collectionneur de katanas, un fan d'anime ou un amateur de mes masques, gardez en tête l'esprit de Tsuna.
Regardez vos peurs (et vos Oni) droit dans les yeux. Et si vous devez frapper, assurez-vous de couper le bras du premier coup.
Et vous, quel "Trophée" choisirez-vous pour protéger votre porte Rashomon personnelle ?
3. FINITIONS
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jérémy — Daiyokai
Artisan Maker et passionné de légendes. Je fabrique les démons que Tsuna aurait aimé combattre. Mes masques en PETG sont solides, mais s'il vous plaît, n'essayez pas de les couper avec un vrai katana, je ne garantis pas qu'ils résisteront aussi bien que le bras d'Ibaraki !
FAQ : LE POURFENDEUR ET LE DÉMON
Le bras a-t-il repoussé ?
Dans la plupart des légendes, non. Ibaraki Dōji a récupéré son bras coupé, mais il a dû le "recoller" magiquement. Il est resté affaibli. C'est pourquoi, après cet événement, on entend beaucoup moins parler de lui dans les chroniques. Il s'est retiré, humilié.
Est-ce que la Porte Rashomon existe encore ?
Non, elle a été détruite il y a longtemps. Elle était située au sud de Kyoto. Aujourd'hui, il ne reste qu'une stèle en pierre pour marquer l'emplacement. Mais le lieu reste chargé de mystère dans l'imaginaire collectif (cf. le film Rashomon de Kurosawa, bien que l'histoire soit différente).
Watanabe no Tsuna a-t-il vraiment existé ?
Oui, c'était un personnage historique réel (953-1025). Il était bien un samouraï de la province de Musashi et un ancêtre du clan Watanabe. Bien sûr, la partie avec les démons et les bras coupés relève du folklore (Setsuwa), mais l'homme et son sabre étaient bien réels.
TABLEAU : LES PROTAGONISTES DE LA LÉGENDE
Rôle | Nom | Attribut / Arme | Destin |
Le Héros | Watanabe no Tsuna | Sabre Onikiri ("Tueur d'Oni") | Devient une légende, protège son clan |
Le Chef | Minamoto no Raiko | Sabre Dojigiri ("Tueur de Doji") | Ordonne la mission, tue Shuten Dōji |
L'Ennemi | Ibaraki Dōji | Métamorphose, Main griffue | Perd un bras, s'enfuit, survit |
Le Lieu | Porte Rashomon | Ruine, Pluie, Ténèbres | Devient le symbole des lieux maudits |

