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Journal Dai Yokai

Yuki-onna, la femme des neiges du folklore japonais


Yuki-onna (雪女) est l'un des yokai les plus connus du Japon, et l'un des plus difficiles à ranger dans une case. Son nom se traduit par « femme des neiges ». Elle apparaît pendant les tempêtes, sous les traits d'une femme à la peau très pâle, vêtue de blanc. Selon les régions et les époques, elle tue les voyageurs d'un souffle glacé, les épargne, ou les épouse. Ce flou fait partie de son identité : elle n'a jamais été enfermée dans une seule histoire.

Qui est Yuki-Onna ?

Yuki-Onna est une figure du folklore japonais liée à la neige, aux tempêtes et à la mort par le froid. Elle est le plus souvent décrite comme un yokai, parfois comme un esprit de l'hiver, parfois comme un fantôme selon les variantes. Son nom signifie littéralement « femme des neiges ».

Yuki-Onna est-elle un yokai, un esprit ou un fantôme ?

La réponse la plus juste est : les trois mots peuvent se croiser, mais pas au même niveau. Dans la majorité des récits, Yuki-Onna est un yokai, une présence surnaturelle du folklore japonais. Elle fonctionne aussi comme un esprit de la neige, parce qu'elle personnifie l'hiver, le blizzard et la montagne. Certaines versions la rapprochent du fantôme japonais, surtout quand elle est présentée comme une femme morte dans la neige.

Masques Geisha et Kuchisake version Yuki-onna bleu Dai Yokai
Masques Geisha et Kuchisake en version Yuki-onna, avec teinte froide et expression figée.

Ce que veut dire son nom

Le nom s'écrit avec deux kanji : 雪 (yuki), la neige, et 女 (onna), la femme. Littéralement, la femme de neige. C'est aussi simple que ça, mais chaque province a longtemps eu sa propre appellation et sa propre version du personnage, ce qui explique pourquoi les récits varient autant d'une région à l'autre.

D'où vient la légende

La première trace écrite remonte à la période Muromachi (1336-1573). On la trouve dans le Sōgi Shokoku Monogatari, attribué au poète de renga Sōgi (1421-1502), qui raconte avoir vu une étrange femme dans la neige en province d'Echigo, l'actuelle préfecture de Niigata. Détail souvent oublié : dans cette version ancienne, Yuki-onna a les cheveux blancs et mesure près de trois mètres. Les longs cheveux noirs, devenus aujourd'hui sa signature, sont apparus plus tard.

Avant d'être un personnage littéraire, elle était sans doute une façon de mettre un visage sur une peur très concrète. Dans les régions de montagne enneigées, le froid tuait pour de vrai. Une légende qui prend la forme d'une belle femme silencieuse rendait ce danger racontable, transmissible, et plus facile à enseigner aux enfants comme aux voyageurs.

La version la plus connue : Lafcadio Hearn (1904)

Si Yuki-onna est célèbre en Occident, c'est grâce à Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo), écrivain né en Grèce, élevé en Irlande, puis naturalisé japonais. Il a recueilli et publié sa version dans Kwaidan: Stories and Studies of Strange Things, en 1904.

Deux bûcherons, le vieux Mosaku et son apprenti Minokichi, sont pris dans un blizzard et se réfugient dans une cabane. La nuit, une femme tout en blanc entre, se penche sur Mosaku et le tue d'un souffle glacé. Elle s'approche ensuite de Minokichi, le trouve jeune, et décide de l'épargner à une condition : ne jamais raconter ce qu'il a vu.

Des années plus tard, Minokichi épouse une femme nommée O-Yuki (« Neige »). Elle est pâle, belle, et ne semble pas vieillir. Ils ont dix enfants. Un soir d'hiver, en la regardant coudre, il finit par lui raconter la nuit de la tempête. O-Yuki se lève : cette femme, c'était elle. Il a rompu sa promesse. Elle l'épargne une seconde fois, à cause des enfants, puis se dissout dans une brume qui disparaît par la cheminée.

C'est à la fois un conte de fantôme, une histoire d'amour et une leçon sur la parole donnée.

Masque Kuchisake version Yuki-onna bleu en vue trois quarts
Version Kuchisake inspirée de Yuki-Onna.

Les variantes régionales

Hearn a popularisé une Yuki-onna plutôt mélancolique. Le nord du Japon en raconte de bien plus sombres.

Dans le Tōhoku, la Yuki-onba apparaît un nourrisson dans les bras et supplie les voyageurs de le tenir un instant. Le bébé devient alors de plus en plus lourd et de plus en plus froid, jusqu'à figer celui qui l'a pris, retrouvé gelé en serrant un bloc de glace. Cette variante est liée à l'ubume, le fantôme d'une femme morte en couches.

La Tsurara-onna, la femme-stalactite, est plus triste que terrifiante. Un homme seul souhaite épouser une femme aussi fine qu'un glaçon. Une inconnue magnifique se présente le lendemain, ils se marient, tout va bien, sauf qu'elle refuse les bains chauds. Le jour où il insiste, elle fond. Il ne reste que des morceaux de glace dans l'eau tiède.

Symbolisme de Yuki-Onna : froid, mort douce et promesse brisée

Derrière la légende, il y a un fait médical. Quand le corps gèle, il passe par plusieurs étapes : tremblements, douleur, engourdissement, puis une dernière sensation de chaleur trompeuse pendant laquelle le sang remonte vers la peau. À ce stade, certaines victimes retirent leurs vêtements avant de s'endormir définitivement. C'est un phénomène réel, documenté sous le nom de paradoxical undressing. La mort par hypothermie peut donc ressembler, de l'extérieur, à une étreinte douce et silencieuse. Yuki-onna met un visage sur ce moment-là.

Il y a aussi une dimension religieuse. Au Japon, la montagne appartient au dieu de la montagne, le Yama-no-Kami, et l'hiver elle devient un territoire qu'on ne traverse pas à la légère. Yuki-onna fait office de gardienne : elle punit ceux qui s'aventurent dehors quand ils devraient rester au village.

Comment elle est représentée

Masque Geisha version Yuki-onna bleu en vue trois quarts
Version Geisha inspirée de Yuki-Onna.

Yuki-onna n'a pas de masque de Nô qui lui soit propre. Sur scène, elle passe par des masques de femme surnaturelle déjà existants, comme le Ko-omote, jeune femme au visage blanc. Dans l'estampe, les artistes la peignent presque toujours de la même manière : silhouette blanche sous un saule pleureur, longs cheveux noirs, souvent une pleine lune derrière elle.

Yuki-onna dans le tatouage irezumi

En tatouage japonais, Yuki-onna apporte une image que peu d'autres motifs offrent : une figure féminine, froide, liée à l'hiver et à la mort douce. On l'associe souvent à l'idée d'impermanence (Mono no Aware), cette acceptation que rien ne dure, comme la neige qui fond. Les compositions classiques la montrent entourée de flocons, d'une pleine lune et de saules, parfois en opposition avec un dragon ou un Oni placé de l'autre côté du corps, pour jouer le contraste du chaud et du froid.

Yuki-Onna dans la culture populaire

Aujourd'hui, Yuki-Onna circule autant dans les contes que dans les mangas, les jeux vidéo et les histoires de fantômes modernes. Le cas le plus facile à repérer est Froslass, Momartik en français, dans Pokémon : type Glace et Spectre, silhouette féminine, kimono blanc, pouvoir de geler ses proies. Ce n'est pas une copie d'un seul récit, mais une reprise claire du motif : beauté froide, neige, danger, disparition.

Yuki-Onna, Kuchisake-Onna et Hannya : trois femmes dangereuses, trois logiques

Yuki-Onna n'a pas le même rôle que Kuchisake-Onna ou Hannya. Kuchisake-Onna appartient plutôt au registre de la peur urbaine et du visage mutilé. Hannya vient du théâtre Nô et représente une femme transformée par la jalousie. Yuki-Onna, elle, est liée au paysage : neige, montagne, silence, disparition.

Pour rester dans les figures féminines du folklore japonais, lis aussi l'article sur les femmes dangereuses du folklore japonais.

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Questions fréquentes

Qui est Yuki-Onna ?

Yuki-Onna est la femme des neiges du folklore japonais. Elle apparaît souvent pendant les tempêtes, sous les traits d’une femme pâle vêtue de blanc, et incarne à la fois la beauté, le froid, le danger et la disparition.

Que signifie Yuki-Onna ?

Yuki-Onna s’écrit 雪女 : yuki signifie neige, et onna signifie femme. Le nom veut donc dire littéralement « femme des neiges ».

Yuki-Onna est-elle un yokai ?

Oui, elle est généralement classée comme yokai. Mais selon les régions, elle peut aussi être comprise comme un esprit de l’hiver ou comme une figure proche du fantôme japonais.

Quelle est l’origine de la femme des neiges japonaise ?

Les récits de Yuki-Onna viennent des régions froides et montagneuses du Japon. Une trace écrite ancienne remonte à la période Muromachi, puis la version la plus connue en Occident a été publiée par Lafcadio Hearn dans Kwaidan en 1904.

Que symbolise Yuki-Onna ?

Elle symbolise le froid, la mort douce, la solitude, l’impermanence et la promesse brisée. Elle donne un visage humain à un danger naturel : la neige qui isole, endort et peut tuer.

Yuki-Onna est-elle dangereuse ?

Oui, dans beaucoup de récits, elle tue les voyageurs avec son souffle glacé ou les conduit vers la mort par hypothermie. Mais elle n’est pas toujours une tueuse automatique : certaines versions la montrent capable d’épargner, d’aimer ou de disparaître sans tuer.

Quelle est la différence entre Yuki-Onna et d’autres yokai féminins ?

Yuki-Onna est liée à la neige et au paysage hivernal. Kuchisake-Onna relève plutôt de la peur urbaine et du visage mutilé. Hannya vient du théâtre Nô et raconte une transformation par la jalousie.

Quel est le lien avec le Pokémon Froslass ?

Froslass, Momartik en français, reprend clairement le motif de Yuki-Onna : figure féminine, type Glace et Spectre, kimono blanc et pouvoir de geler ses proies.

Voir la pièce liée à cet article.

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