La Jorōgumo est une araignée surnaturelle du folklore japonais, capable de prendre l’apparence d’une femme. Cette femme-araignée apparaît dans des récits et des images aux formes variées : rencontre trompeuse, fils qui emprisonnent, présence inquiétante au bord de l’eau. Son nom ne renvoie pas à une seule légende avec une origine et des pouvoirs fixes.
La légende de la cascade de Jōren
À Izu, la cascade de Jōren est associée à une Jorōgumo. Voici une version locale résumée d’après l’Arts Council Shizuoka, qui la publie sous le titre « La Jorōgumo de la cascade de Jōren ».
Un paysan passe près de la cascade lorsque des fils d’araignée s’enroulent autour de ses jambes. Il les transfère sur une souche, qui est aussitôt entraînée dans le bassin. Une voix de femme lui ordonne de garder le secret. Il obéit et interdit ensuite de couper les arbres autour de la cascade.
Bien des générations plus tard, l’un de ses descendants transgresse cette règle. Sa hache tombe dans l’eau. En plongeant pour la récupérer, il rencontre une femme qui promet de la lui rendre s’il ne révèle rien. Mais, un soir de fête, il raconte son aventure. Le tonnerre éclate, une colonne de feu blanc fend sa maison et une immense araignée apparaît. Son corps est retrouvé dans le bassin.
Dans cette version, le fil, l’interdit et la parole donnée portent le récit.
Version peinte, mâchoire ouverte.Voir le produit
Masque Jorōgumo articulé
Une interprétation contemporaine Dai Yokai de la femme-araignée, avec une mâchoire mobile et une base imprimée en PETG. Le masque est fabriqué à la commande en Bretagne.
La photo montre une version préparée, peinte et finie à la main. Ces étapes distinguent une version terminée d’une base brute, qui reste à préparer et à peindre.
Que signifie le nom Jorōgumo ?
Le nom s’écrit notamment 女郎蜘蛛 ou 絡新婦, deux graphies relevées dans le dictionnaire Daijisen. La première associe jorō, un ancien terme désignant une femme ou une prostituée selon le contexte, à kumo, l’araignée, prononcé gumo dans ce composé.
La graphie 絡新婦 nourrit la traduction imagée « mariée qui enlace », souvent reprise en ligne. Elle ne suffit pas à établir l’origine du nom. « Femme-araignée » décrit plus directement la figure dont parlent les récits.
L’araignée réelle
Au Japon, jorōgumo est aussi le nom d’une araignée réelle, Trichonephila clavata, anciennement classée comme Nephila clavata. L’animal et le yōkai partagent un nom ; les transformations et les pièges surnaturels appartiennent aux histoires.
Les récits d’Edo et l’image de la femme-araignée
Les recueils Tonoigusa (宿直草) et Taihei Hyakumonogatari (太平百物語) contiennent des histoires de Jorōgumo. Une recherche de la bibliothèque de l’université Dōshisha identifie les passages consultés : « Il faut réfléchir même dans l’urgence », au livre II du premier recueil, et l’épisode de Magoroku trompé par une Jorōgumo, au livre IV du second.
Cette enquête n’a pas retrouvé, dans ces textes, l’histoire exacte d’une belle femme jouant du biwa pour séduire puis dévorer un homme. Les rencontres avec des araignées métamorphosées existent, mais leurs intrigues ne sont pas interchangeables.
Toriyama Sekien représente également la Jorōgumo dans le Gazu Hyakki Yagyō, publié en 1776. Le livre conservé par le Kawasaki City Museum permet de retrouver cette figure dans la partie Yō (陽). C’est un repère visuel, distinct du récit local de Jōren.
Jorōgumo et Tsuchigumo : quelle différence ?
Ce sont deux figures d’araignées surnaturelles, mais leurs noms ne sont pas synonymes. Dans le nō Tsuchigumo, un moine inquiétant attaque le guerrier Raikō avec des fils. Blessé, il disparaît ; ses poursuivants affrontent ensuite l’esprit-araignée au mont Katsuragi. Ce déroulé est présenté par le Japan Arts Council.
| Repère | Jorōgumo | Tsuchigumo |
|---|---|---|
| Exemple de récit | La rencontre près de la cascade de Jōren. | Le combat contre Raikō dans le nō. |
| Apparition dans cet exemple | Une femme liée à l’araignée et au bassin. | Un moine, puis un esprit-araignée. |
| Ce qui compte | Le fil, le secret et l’interdit. | L’attaque, la poursuite et l’affrontement. |
Cette comparaison porte sur deux récits précis. Elle ne fixe ni le genre, ni la taille, ni tous les pouvoirs possibles de chaque créature.
Jorōgumo dans le tatouage et les images actuelles
Un visage féminin associé à une araignée ou à sa toile peut évoquer l’attirance et le danger, l’emprise, la patience ou la transformation. Ce sont des interprétations contemporaines, pas un dictionnaire de significations obligatoires du tatouage Jorōgumo.
Pour construire un projet, le plus utile est de choisir ce que tu veux raconter : la présence au bord de l’eau, la rencontre avec une femme, le piège des fils, ou une métamorphose inventée. La place de la toile, l’expression du visage et les éléments voisins orientent ensuite la lecture du dessin. Le guide des motifs et de la composition du tatouage japonais donne d’autres repères à discuter avec ton tatoueur.
Les mangas, les jeux et les films reprennent eux aussi cette silhouette en lui donnant leurs propres règles. Une adaptation récente peut être une bonne référence graphique, à condition de la nommer comme telle.
Du récit au masque contemporain
La femme-araignée peut aussi prendre forme dans un objet que l’on porte ou que l’on expose. Le masque Jorōgumo articulé Dai Yokai s’inscrit dans cette création actuelle : le visage et la mâchoire mobile proposent une présence physique, sans reproduire un personnage historique ou un masque de théâtre.
Le Hannya appartient, lui, au répertoire du nō. La Kuchisake-onna relève de la légende urbaine moderne. Garder ces contextes distincts permet d’apprécier les créations sans confondre leur inspiration avec une tradition.
Questions fréquentes
Comment prononcer Jorōgumo ?
En japonais, le nom s’écrit じょろうぐも. Le signe sur le ō indique un « o » long : on prolonge ce son dans « jo-rō-gu-mo ». La graphie sans accent « Jorogumo » désigne la même figure.
Devient-elle un yōkai après 400 ans ?
Cet âge apparaît dans des présentations modernes. La version de Jōren racontée ici ne donne pas cette règle. Il faut donc rattacher un âge précis à sa source, plutôt que l’appliquer à toutes les histoires.
Est-elle toujours une femme qui séduit les hommes ?
Non. Dans la version de Jōren présentée ici, le danger commence avec des fils d’araignée et se poursuit autour d’une promesse de silence. La séduction n’est pas le ressort de toutes les variantes.
Un masque Jorōgumo est-il un masque japonais traditionnel ?
Le modèle Dai Yokai est une interprétation contemporaine, avec une base PETG et une mâchoire mobile. Il ne s’agit ni d’un masque de nō ni d’une reproduction historique.
Sources et repères
- Arts Council Shizuoka, « La Jorōgumo de la cascade de Jōren » : version locale résumée dans cet article.
- Daijisen, entrée 女郎蜘蛛 sur Kotobank : nom, graphies et distinction avec l’araignée réelle.
- Université Dōshisha, enquête conservée par la Bibliothèque nationale de la Diète : passages des recueils et limites de l’histoire du biwa.
- Kawasaki City Museum, Gazu Hyakki Yagyō, partie Yō, 1776 : représentation de 絡新婦.
- Japan Arts Council, Tsuchigumo : synopsis de la pièce de nō.
- NCBI, Trichonephila clavata : nom scientifique de l’araignée.




