Cette sélection réunit dix figures souvent rencontrées dans les récits, les masques et l’image populaire du Japon. Elles ne sont pas toutes des yōkai au sens strict : Hannya vient d’abord du théâtre nō et yūrei désigne un fantôme humain.
Pour comprendre ce que désigne le mot, lisez la définition des yōkai et leurs origines.
Dix figures comparées
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| Figure | Repère principal | Confusion à éviter |
|---|---|---|
| Oni | Figure surnaturelle aux rôles variables | Pas l’équivalent exact du démon chrétien |
| Kitsune | Renard métamorphe dans de nombreux récits | Inari est la divinité, le renard son messager |
| Hannya | Masque et rôle du théâtre nō | Ce n’est pas un type d’Oni |
| Tengu | Figures liées aux montagnes | Leur apparence ne suit pas deux espèces rigides |
| Kappa | Créature aquatique | Les récits diffèrent selon les régions |
| Tanuki | Animal réel et métamorphe folklorique | La statue porte-bonheur ne résume pas tous les récits |
| Yūrei | Fantôme humain | Ce n’est pas un yōkai au sens le plus précis |
| Jorōgumo | Femme-araignée de certains récits | Pas de règle universelle des 400 ans |
| Nekomata | Chat âgé devenu surnaturel | La double queue est une convention visuelle, pas une formule |
| Gashadokuro | Squelette géant nommé au XXe siècle | Le squelette de Kuniyoshi n’avait pas ce nom |
Pour découvrir d’autres figures au-delà de cette sélection, le Dictionnaire des Yôkai de Shigeru Mizuki propose une approche illustrée du folklore japonais. L’édition Pika de 2015 est en français.
Oni, Kitsune, Hannya, Tengu et Kappa
1. Oni (鬼)
L’Oni apparaît comme une figure puissante et inquiétante, souvent dotée de cornes, de crocs et d’une massue. Son rôle n’est pourtant pas identique partout. Il peut menacer, punir ou participer à l’expulsion symbolique du malheur. Les visages féroces des onigawara jouent aussi un rôle de garde sur des bâtiments. Le dossier Setsubun de la Bibliothèque nationale de la Diète donne un repère historique sur l’expulsion des Oni.
2. Kitsune (狐)
Les renards capables de métamorphose occupent une place importante dans les récits japonais. Ils peuvent aider, tromper ou éprouver les humains selon l’histoire. Selon la FAQ de Fushimi Inari Taisha, Inari n’est pas un renard : les renards sont ses messagers. La séparation entre un Zenko toujours bon et un Nogitsune toujours mauvais est trop rigide, tout comme l’idée d’une queue gagnée automatiquement à intervalles fixes.
3. Hannya (般若)
Hannya est d’abord un type de masque du théâtre nō, comme le documente la notice du musée du château de Hikone. Il représente un personnage féminin transformé sous l’effet de la jalousie, de la colère et de la souffrance. L’inclinaison du masque et la lumière permettent à l’acteur de faire lire plusieurs émotions. L’appeler simplement « femme devenue démon » efface le contexte théâtral et le caractère tragique du rôle.
4. Tengu (天狗)
Les Tengu sont liés aux montagnes et changent d’apparence au fil des œuvres. Certaines formes ont un bec d’oiseau, d’autres un visage humain au long nez. Ces images ne forment pas deux espèces rigides et le mot Daitengu ne désigne pas automatiquement tout personnage au long nez. Les récits autour de Sōjōbō et de Yoshitsune ont contribué à leur réputation martiale.
5. Kappa (河童)
Le Kappa est une créature aquatique décrite dans de nombreuses régions. Sa coupelle remplie d’eau, son goût pour les concombres et sa passion du sumo sont devenus des motifs connus. La révérence qui renverse l’eau du crâne appartient à certaines versions du récit, pas à une règle unique. Derrière l’image parfois drôle subsiste souvent un avertissement lié au danger des rivières.
Tanuki, Yūrei, Jorōgumo, Nekomata et Gashadokuro
6. Tanuki (狸)
Le tanuki est d’abord un animal réel, le chien viverrin japonais. Dans le folklore, il devient un métamorphe farceur capable de tromper les humains. Les statues avec chapeau et bouteille de saké ont diffusé une image familière et porte-bonheur, mais elles ne résument pas la variété des récits plus anciens.

Le guide du Tanuki sépare l’animal réel, les récits de métamorphose et les statues modernes.
7. Yūrei (幽霊)
Le yūrei est le fantôme d’une personne morte. Le kimono funéraire blanc, les cheveux longs et l’absence de pieds forment une iconographie devenue conventionnelle dans les arts, sans être des traits obligatoires dans chaque récit. Oiwa et Okiku comptent parmi les figures les plus connues, chacune liée à un récit particulier.

Le guide des yūrei revient sur l’iconographie et plusieurs récits nommés.
8. Jorōgumo (絡新婦)
Jorōgumo est une femme-araignée capable de métamorphose dans certains récits et images de l’époque d’Edo. Les détails changent selon les textes : séduction, fils, eau ou musique peuvent apparaître, mais l’âge exact de quatre cents ans et une espèce zoologique unique ne forment pas une règle commune.

Le guide de Jorōgumo distingue les sources d’Edo des ajouts modernes.
9. Nekomata (猫又)
Dans plusieurs récits, un chat âgé devient une créature surnaturelle. La représentation du Nekomata avec deux queues s’est largement diffusée dans la culture visuelle de l’époque d’Edo. Parole, danse, métamorphose ou rapport aux morts varient selon les sources. Il n’existe pas une règle unique qui permettrait de prédire la transformation d’un chat.
10. Gashadokuro (がしゃどくろ)
Le Gashadokuro nommé comme tel est une création éditoriale moderne attestée en 1966, ensuite intégrée aux encyclopédies de yōkai. Le triptyque de Kuniyoshi conservé au Tokyo Fuji Art Museum, daté vers 1845-1846 par le musée, montre un spectre invoqué par Takiyasha. Son identification au Gashadokuro est postérieure, comme le montrent les recherches présentées par Hirota Ryūhei dans le Japanese Journal of Religious Studies (2021).

Le guide du Gashadokuro sépare la créature moderne du squelette de Kuniyoshi.
Les masques japonais de Dai Yokai reprennent plusieurs de ces figures dans des créations contemporaines imprimées en PETG et peintes à la main.
Lire les formes sans confondre les figures
Des cornes et des crocs ne suffisent pas à distinguer un Oni d’un Hannya. Il faut aussi regarder le type de visage et connaître le contexte : figure du folklore pour l’un, masque d’un rôle féminin du nō pour l’autre. De même, un visage de renard peut rappeler les messagers d’Inari sans représenter la divinité elle-même. Sur une création contemporaine, la couleur et la finition relèvent aussi du choix de l’atelier.
Questions fréquentes
Existe-t-il un yōkai plus puissant que tous les autres ?
Non, pas dans un classement commun à toutes les traditions. Les pouvoirs changent selon les récits. Comparer une créature aquatique, un fantôme et un masque de théâtre sur une seule échelle produit surtout une réponse moderne.
Ces dix figures résument-elles tout le folklore japonais ?
Non. Elles servent de porte d’entrée. Les bases de récits japonais recensent des milliers de figures, phénomènes et variantes locales qui ne tiennent pas dans une liste de dix noms.
Sources et guides
- Hirota Ryūhei, « Traversing the Natural, Supernatural, and Paranormal: Yōkai in Postwar Japan », 2021, pour le Gashadokuro.
- Musée du château de Hikone, notice d’un masque Hannya du XVIIe siècle.
- Japan Foundation, évolution des représentations de yōkai.
- Fushimi Inari Taisha, Inari et les renards messagers.
- Théâtre national du Japon, masque Hannya.
- Metropolitan Museum of Art, représentation historique d’un Tengu.
- British Museum, squelette de Kuniyoshi invoqué par Takiyasha.
Découvrez aussi les livres de ma bibliothèque sur les yōkai et l’art japonais.
Pour aller plus loin
Sélection établie à partir des notices des éditeurs, sans lecture intégrale pour cette sélection. La langue du livre est précisée pour chaque édition.
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- Dictionnaire des Yôkai
Pour poursuivre la découverte figure par figure, le Dictionnaire des Yôkai de Shigeru Mizuki offre une entrée illustrée dans le folklore japonais. Édition française intégrale, Pika, 2015, brochée. Cette approche d’auteur convient aux curieux ; elle ne remplace pas une étude historique critique.
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